Mort d’un étudiant durant son stage, sa famille alerte sur des dangers souvent oubliés

 Mort d’un étudiant durant son stage, sa famille alerte sur des dangers souvent oubliés

« Attention on peut mourir de son stage », une réalité bien vite oubliée, la famille de Jérémy Wasson témoigne. Jeune étudiant victime d’un accident mortel durant son stage, Jérémy nous rappelle les dangers d’un stage, souvent ignorés ou banalisés.

 

Jérémy Wasson, étudiant à l’ESTP, École spéciale des travaux publics, du bâtiment et de l’industrie, débutait son premier stage ingénieur au mois de mai 2020 dans la société Urbaine de Travaux, du groupe Fayat. Plein d’enthousiasme pour ce premier contact avec les grands chantiers de Travaux publics, il ne se doutait pas des dangers qu’il encourait. Pourtant, quatre jours plus tard, le drame survient : il tombe d’un toit sur le chantier d’Eole de la gare SNCF de Pantin. 

« Chez Urbaine de Travaux, personne n’a rien vu, rien n’entendu, pas même « le conducteur de travaux » sous la supervision duquel il était censé être sur ce toit…. », expliquent M et Mme Wasson. « Il a juste été retrouvé par terre 6 m plus bas, inconscient, par un ouvrier qui passait. Quand il a été conduit par les pompiers à l’Hôpital, il n’y avait déjà plus rien à faire. »

 

Décédé le 30 mai 2020 à l’hôpital Pitié Salpêtrière, à Paris, le jeune homme n’avait que 21 ans et toute une vie devant lui. « Il était joyeux, il avait des idéaux et plein de projets ». Aujourd’hui, sa famille attend la conclusion de la procédure judiciaire à l’encontre de l’entreprise Urbaine de Travaux. Malgré tout, M et Mme Wasson ont tenu à témoigner, afin de mettre en garde, étudiants et parents, sur les dangers des stages ouvriers.

En effet, ce drame n’est pas un cas isolé. En 2018, un adolescent de 15 ans a trouvé la mort lors d’un stage dans une entreprise de réparation de camions, dans le Maine-et-Loire. Celui-ci travaillait sous un tracteur, lorsqu’un des crics a cédé. Le poids du véhicule l’a tué sur le coup. En 2017, un autre accident a ôté la vie à un jeune homme de 17 ans, stagiaire à Mailhac-sur-Bénaize, tombé dans une broyeuse à paille.
Ces terribles accidents sont plus fréquents qu’on ne le pense. En 2019, le CNAM recense 756 décès suite à des accidents du travail, un chiffre qui monte à 1291 lorsqu’on inclut les accidents sur le trajet et les maladies professionnelles.

Les stagiaires n’échappent pas aux tristes statistiques, alors que les stages sont à présent considérés comme habituels et anodins. Obligatoires dans la formation d’ingénieur, ils sont très souvent banalisés. B « Aucun danger dans ce cas », pourrait-on aisément supposer. Et pourtant, la tragédie qui a touché Jérémy et sa famille prouve le contraire.

« Tout ce que nous pouvons faire aujourd’hui c’est mettre en garde les étudiants qui postulent pour un stage ingénieur sur le terrain et faire passer un message d’avertissement aux parents : Attention on peut mourir de son stage ! ».

 

Comment prévenir une telle tragédie ?

« Etudiants, parents, posez-vous les bonnes questions ! »

Souvent à charge de trouver leur stage, et ce sans expérience préalable, les étudiants n’envisagent pas les risques auxquels ils s’exposent. Pourtant, il suffirait de se poser les bonnes questions. Après tout que savent-ils de l’entreprise ? Respecte-t-elle les mesures de sécurité obligatoires ? S’assure-t-elle suffisamment que ces mesures soient appliquées, notamment sur les chantiers et par les stagiaires ?
De même, comment s’assurer que le stagiaire sera pris en charge de façon bienveillante et sécuritaire ? Comment être certain que le maître de stage sera suffisamment impliqué et vigilant ?
L’école supposée vérifier les bonnes conditions de travail du stagiaire et la sécurité des missions qui lui seront attribuées, n’est pas infaillible, comme le souligne le cas de Jérémy.

Ainsi, il est essentiel, avant de s’engager auprès d’une entreprise, de s’informer, de poser des questions et de s’assurer des mesures mises en place pour la protection du stagiaire. Il peut être bon de vérifier les antécédents de la société et éventuellement sa réaction face à de telles situations. De même, une rencontre avec le maître de stage ne peut être optionnelle, autant pour l’entreprise que pour le futur stagiaire. À l’issue de cette rencontre, l’étudiant doit être certain d’avoir bien assimilé les missions du stage, sa dangerosité et les contacts ressource dans l’entreprise vers lesquels il pourra se tourner. N’acceptez pas un stage dans l’urgence et parce que vous y êtes forcé. Le travail sur le terrain n’a rien d’anodin, vous devez avant tout vous renseigner.

 

Malgré tout, il semble nécessaire de s’interroger sur le statut du stagiaire conventionné. Aux yeux de la loi et de l’entreprise, il n’est pas considéré comme employé à part entière, mais sous la responsabilité du maitre du stage. Nous pouvons alors légitimement nous interroger sur la prise en charge de sa sécurité par le personnel des Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, les CHSCT, chargés de la prévention, du contrôle et de l’investigation concernant la sécurité des employés. Prennent-ils réellement en compte la sécurité des stagiaires puisqu’ils ne font pas parti des employés ? Une question épineuse qui se pose d’autant plus que les responsables des stagiaires, aux yeux des assurances entre autres, sont les écoles et non les entreprises…

Un meilleur contrôle de la part des écoles, une révision du statut de stagiaire, une meilleure prévention… Tant de pistes à creuser et de questions à soulever afin d’éviter de telles tragédies. Si les stages ouvriers sont une étape fondamentale du parcours d’ingénieur, Jérémy Wasson et d’autres encore, nous rappellent avec brutalité qu’un drame est vite arrivé. Soyons prudents et avertis.

 

« Dix précautions valent mieux qu’un drame. Si le décès absurde et cruel de notre fils Jérémy peut servir à quelque chose, c’est peut-être à attirer l’attention de tous sur ce fait : non, un stage ingénieur dit « ouvrier » n’est pas une étape anodine. Oui, il peut conduire au pire. »

Lucille Vigneron