L’intrapreneuriat : entreprendre sans créer sa boîte

 L’intrapreneuriat : entreprendre sans créer sa boîte

Depuis quelques années, créer son entreprise devient de plus en plus courant. La multiplication des dispositifs d’aide à la création d’entreprise, couplée à une information plus simple d’accès grâce aux médias qui se sont emparés du sujet, ont permis une constante augmentation du nombre d’entreprises créées. En revanche, contrairement à l’opinion largement répandue, il est possible d’entreprendre sans pour autant créer sa propre entreprise. L’intrapreneuriat permet en effet une telle chose. Concrètement, qu’est que l’intrapreneuriat ? À quoi sert-il et dans quel objectif ? Qui peut y accéder ?

 

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Qu’est-ce-que l’intrapreneuriat ?

Ce concept est défini en 1976, par l’Américain Gifford Pinchot. Il est censé permettre à une entreprise de mieux saisir les opportunités que son ancrage naturel ne permet pas d’observer. Il est important de noter que les salariés gardent leur statut de salarié dans ce processus. L’intrapreneuriat désigne deux choses :

  • Il peut représenter le processus par lequel un ou plusieurs individus, en association avec une grande entreprise à laquelle ils appartiennent, créent une nouvelle organisation.
  • C’est aussi l’ensemble des démarches et méthodes permettant d’introduire une gestion entrepreneuriale au sein d’une organisation. Ici, les salariés deviennent des intrapreneurs, c’est-à-dire, des entrepreneurs dans leur organisation. Ils développent ainsi leur degré d’autonomie et de responsabilité dans le cadre de projets innovants.

 

A quoi sert l’intrapreneuriat pour une organisation ?

L’objectif est de servir la stratégie à long-terme de l’organisation. Ceci, dans le but de continuer à innover, que ce soit pour de nouveaux produits, de nouveaux services ou encore de nouveaux processus de production. Cela permet de gagner en compétitivité-prix et hors-prix dans un environnement économique toujours plus mondialisé et soumis à une concurrence féroce. L’objectif final est de générer de nouvelles opportunités de croissance, en se mettant en mode “ start-up “.

Le but est également de retenir les talents, car beaucoup de cadres partent vers l’entrepreneuriat. L’intrapreneuriat permet ainsi à ces cadres de concilier les avantages de l’entrepreneuriat et du salariat, ce qui les pousse à conserver leur emploi. Et ça, les entreprises l’ont bien compris !

Enfin, l’intrapreneuriat renforce, voir rajeunit l’image de l’entreprise. En effet, beaucoup de salariés apprécient l’idée d’entreprendre. L’intrapreneuriat s’inscrit entièrement dans cette logique, et renforce donc l’attractivité auprès des candidats, à l’emploi et particulièrement des jeunes diplômés.

 

Quel est l’intérêt de l’intrapreneuriat pour les salariés ?

Aujourd’hui, la quête de sens et d’utilité est une aspiration majeure chez les salariés. Ils souhaitent contribuer, donner leur avis, partager leurs idées et gérer leur activité avec autonomie dans une ambiance conviviale.

L’intrapreneuriat répond à différents besoins :

  • La réalisation,
  • L’apprentissage permanent,
  • L’indépendance,
  • La liberté. 

Il contribue en plus à renforcer l’engagement, en donnant la possibilité à ceux qui le souhaitent, de mettre en mouvement des projets qu’ils pourraient développer ailleurs ou permettre un renouveau, après plusieurs années à effectuer les mêmes missions. C’est également un accélérateur de carrière.

 

Point commun entre salariés et dirigeants

Aujourd’hui, les salariés et les dirigeants souhaitent contribuer dans une logique de parité, au succès de l’organisation. Et ce, quelle que soit la position de départ dans celle-ci.

Cependant un intrapreneur doit être engagé dans ce qu’il entreprend et posséder une motivation profonde pour devenir innovant. En effet, cela nécessite de réelles capacités de négociation pour réussir à obtenir l’accès aux ressources internes ce qui est complexe.

 

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Comment mettre efficacement l’intrapreneuriat en place ?

Malgré la liberté nécessaire à la libération d’énergie créatrice, source indispensable de la réussite de l’intrapreneuriat, il est nécessaire que l’organisation exerce un certain contrôle. Mais il doit rester discret et le moins intrusif possible. La clef pour sa réussite est de trouver une harmonie pour que cette démarche puisse trouver sa place dans l’organisation. 

L’intrapreneuriat suit une logique d’exploration. Une organisation, en revanche, suit une logique d’exploitation. La question est de savoir comment faire cohabiter ces deux logiques.

L’intrapreneuriat doit répondre à une ambition stratégique ( pour quoi ?) et être incarné par les dirigeants qui doivent soutenir les intrapreneurs même si leur projet est un échec.

Par ailleurs, il faut que l’entreprise établisse le bénéfice et le risque de l’intrapreneuriat par rapport à sa logique d’exploitation. L’intrapreneuriat doit avoir des modalités préparées en amont et un pilotage continu tout au long de sa phase opérationnelle. Plus globalement, il s’agit d’être en capacité de répondre à ces questions :

  • Comment identifier et recruter les intrapreneurs ?
  • Comment les encadrer ?
  • Comment valider les projets ?
  • Comment communiquer sur le plan interne ?

Pour y répondre, il est nécessaire de revoir l’ensemble des méthodes de management et de gestion : du recrutement, aux règles internes en passant par le budget. Sans oublier le plus compliqué : la culture d’entreprise.

Il faut tout d’abord que les dirigeants incluent l’intrapreneuriat en tant que partie intégrante de la stratégie, pour que la conviction descende en cascade dans tous les échelons de l’entreprise.

L’intrapreneuriat doit faire partie de la politique RH de l’organisation, notamment au moment du recrutement, mais pas que : c’est une affaire de personnes, avec des jeux de pouvoirs et d’influence dans les organisations qui peuvent nuire ou accélérer le développement de l’intrapreunariat.

Il est ensuite important de faire évoluer les règles organisationnelles, car les organisations s’articulent autour de plusieurs aspects :

  • La nécessité de contrôle,
  • Le court-terme,
  • La rentabilité rapide.

Dans le même temps, l’intrapreneur doit composer avec l’incertitude liée à l’innovation. Un système de sanctions/récompenses qui accepte la possibilité de l’échec et la prise de risque peut être mis en place.

Enfin, l’intrapreneuriat doit consacrer une partie du budget et des ressources de l’entreprise dans les processus d’innovation.

 

Des exemples connus d’intrapreneuriat

La Poste avait lancé il y a quelques années, le concours « 20 projets pour 2020 » tandis que le Crédit Agricole avait fait appel aux bonnes idées des salariés sur la manière de faire évoluer le métier de banquier grâce à des hackathons. Le principe était de faire émerger des idées innovantes, par équipes, et de démontrer leur potentiel de mise en œuvre. Les équipes gagnantes ont gagné un budget pour que leur maquette devienne une réalité utilisable par l’entreprise.

 

Il semble que la démarche de l’intrapreneuriat peut s’appliquer à tous les secteurs et à tous les types d’entreprises sans limite. C’est une formule remplie de bénéfices, car cela valorise les salariés et permet de développer de nouveaux projets viables et peu coûteux.

Mais pour sauter le pas, les potentiels futurs intrapreneurs font face à un dilemme : est-il préférable de préserver son business model qui est source de profits, ou vaut-il mieux penser à l’avenir avec des projets qui vont peut-être remettre en cause leur vache à lait ?