Qui est Lina Khan, la femme qui fait trembler les GAFAM ?

 Qui est Lina Khan, la femme qui fait trembler les GAFAM ?

Nommée le 16 juin à la présidence de la Federal Trade Commission (FTC), l’autorité de concurrence américaine, par Joe Biden et avec le consentement du Sénat, cette jeune juriste de 32 ans inquiète les GAFAM et plus particulièrement Amazon quant au maintien de leur position dominante.

 

Pourquoi est-elle particulièrement crainte par Amazon ?

Cette jeune diplômée en doctorat en droit de l’université Yale s’est fait connaître par le succès retentissent de son article, paru en 2017 dans le Yale Law Journal (une revue universitaire), nommée Amazon’s Antitrust Paradox. Il traite du laxisme de la politique de la concurrence américaine depuis les années 1980 en prenant l’exemple du géant Amazon. L’experte en droit de la concurrence énonce que le cadre de la concurrence américain a changé depuis les années 1980 sous l’influence de Robert Bork, de l’école de Chicago dont les thèses ont notamment influencé les politiques menées sous l’administration Reagan.

Pour Bork, le point le plus important dans une politique de la concurrence est d’assurer le bien-être des consommateurs, quitte à ce que ce bien être soit fourni par des entreprises à taille immense. Lina Khan conteste les thèses de Bork : selon elle, le but de la politique de la concurrence est d’assurer la compétitivité des secteurs en évitant les abus de position dominante. Les politiques précédemment menées ont, pour elle, participé à d’importantes concentrations verticales (rachat par une entreprise de ses fournisseurs et de ses sous-traitants, respectivement en amont et en aval de sa chaine de production) qui ont participé à créer de gigantesques monopoles sur certains marchés, empêchant ainsi à des entreprises plus innovantes de grandir. Enfin, à travers son article, Lina Khan montre comment Amazon a pu participer à influencer des politiques publiques, maintenir des emplois précaires et profiter d’avantages fiscaux afin de maintenir sa position dominante.

 

Pourquoi la régulation de la concurrence des GAFAM est impérative aux Etats-Unis ?

RangLes huit entreprises avec les capitalisations boursières les plus élevées au monde en juin 2021Capitalisation boursière (en millards de dollars)Domaine d’activitéLes huit entreprises avec les capitalisations boursières les plus élevées au monde en mars 2005Capitalisation boursière (en millards de dollars)Domaine d’activité
1Apple2 275TechGeneral Electric382Conglomérat
2Microsoft2 035TechExxon Mobil381Pétrole/Energie
3Saudi Aramco1 871Pétrole/EnergieMicrosoft263Tech
4Amazon1 746TechCitigroup234Finance
5Alphabet1647TechBP221Pétrole/Energie
6Facebook990TechWalmart212Grande distribution
7Tencent724TechRoyal Dutch Shell211Pétrole/Energie
8Tesla661AutomobileJohnson & Johnson200Santé

Grâce aux données du Financial Times, on observe que les entreprises de la Tech n’ont cessé de grandir depuis 2005 et, symbole de la sur-puissance des GAFAM, Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, sont situées aux six des huit première capitalisation boursière au monde au 30 juin 2021 (Alphabet étant la maison mère de Google). Les monopoles de ces entreprises sur leurs marchés leur permettent d’être libre dans la fixation du prix, de leur produits ou services et empêchent l’innovation, ce qui a long terme pèsera aussi bien sur le bien-être des consommateurs, la qualité-prix des produits proposés et sur la compétitivité américaine.

La nomination de Lina Khan tombe alors que la FTC s’apprête à examiner le rachat des MGM par Amazon ce qui permettrait au géant de e-commerce d’enrichir fortement le contenu de son catalogue de streaming pour Amazon Prime.

Iyad Ben Abdelatif