Jérémy Désir – Au coeur des secrets de la haute finance

 Jérémy Désir – Au coeur des secrets de la haute finance

Alors que le domaine de la haute finance fait toujours plus rêver les étudiants des Grandes Ecoles, certains anciens du secteur ont opéré un virage à 180°. Nous avons rencontré Jérémy Désir, ex-professionnel en trading chez HSBC, qui a longtemps été au coeur de l’éboration des algorithmes de trading haute fréquence. Il nous raconte en exclusivité les dérives de notre système et nous donne sa vision d’alternatives au chaos écologique programmé…

 

Bonjour Jérémy, peux-tu te présenter ?

Bonjour ! Je m’appelle Jérémy Désir et j’ai eu un parcours classique pour un ingénieur. Après une prépa MPSI/MP* au lycée Masséna, à Nice, j’ai intégré les Mines de Saint-Etienne en 5/2. C’est dans cette école que je me suis spécialisé en Data Science (science des données) pressentant que cette matière allait peser énormément dans le futur, notamment en finance. L’objectif était de devenir un quant (analyste quantitatif), c’est-à-dire concepteur de modèles mathématiques pour la finance. En 3ème année, je suis allé en double-diplôme à l’Imperial College Business School de Londres, dans leur Master of Science (MSc) Risk management and Financial Engineering (similaire au très réputé MSc Finance). J’y fis de belles rencontres et ai pu réaliser un premier summer internship (stage) en finance de marché, en bénéficiant de la renommée internationale de l’Imperial. Ce stage m’a amené à élaborer des stratégies de trading algorithmique pour un hedge fund (fond spéculatif). J’y reviendrai. En termes de différences entre ces deux établissements… Les français, souvent issus du cursus prépa/grande école, sont particulièrement à l’aise, ne rencontrent aucune difficulté sur les contenus des cours ou la quantité de travail exigée. Je n’avais pas un GPA de fou en entrant à l’Imperial, tout comme des amis qui choisirent un cursus techniquement bien plus poussé (MSc Mathematics and Finance) mais on s’en sortait très bien ! Déçu par le contenu théorique à l’Imperial, j’ai ensuite postulé au master El-Karoui, officiellement appelé « Probabilité et Finance », cohabilité par l’UPMC (Paris 6) et l’École Polytechnique, un des plus réputés en finance quantitative. J’enchainais avec un dernier stage de 6 mois dans une filiale interne à la Société Générale, nommé Descartes Trading, caractérisée par les activités de « prop trading » (« trading pour compte propre » : consistant à prendre des positions de marchés avec les fonds de la banque et non pour le compte des clients). Par la suite, j’ai galéré près d’un an à trouver un job, avec un nombre incalculable d’entretiens à passer pour les positions les plus sélectives. Au moment où j’allais me raviser et choisir un poste à Paris, je reçevais une offre à Londres, au siège de la plus grande banque d‘Europe : HSBC ; pour superviser leur modèles de trading algorithmique haute fréquence.

 

Comment se déroulent les entretiens ?

C’était vraiment une blague avec les copains d’Imperial ! Le nombre d’entretiens qu’on devait subir… À chaque instant de notre vie, au déjeuner, à la pause entre les cours (parfois pendant les cours !) : on ne pensait qu’à trouver un summer internship ! C’était l’obsession permanente. En plus, l’intersection entre les cours et les questions posées en entretien étant plutôt mince, les notes aux examens importaient peu (il suffisait de valider). Pour nous sélectionner, les entretiens en finance de marché tournaient surtout autour de « brain teasers », c’est-à-dire des petites énigmes logiques, autour des probabilités, des statistiques, parfois des questions de code informatique, à résoudre rapidement. Très différent des examens. Un camarade est même monté à 40 entretiens en deux mois ! Pour Goldman Sachs par exemple, j’ai dû en passer une quinzaine avant d’être finalement recalé sans explication. Pareil pour JP Morgan. Un process type serait : un premier test en ligne pour voir si tu comprends l’anglais et calcules vite, puis un premier entretien téléphonique suivi d’un deuxième (parfois d’un troisième etc.) et enfin, un entretien physique sur place (le « Superday ») où on t’invite dans la banque et là tu enchaines les interviews avec différents quants ou traders sur toute une demi-journée. Ensuite, soit tu as une offre, soit tu as encore un dernier entretien avec un Partner (haut responsable) où c’est plus un entretien de fit (personnalité) qu’un entretien technique. Les entretiens consistent donc en une batterie de tests parfois très violents, mais il y a des livres à « bachoter » qui préparent et synthétisent à peu près tout ce qui est demandé. En revanche même avec 2-3 masters, ce n’est pas garanti d’intégrer ce genre de poste. Un professeur du El-Karoui nous confirmait que certains étudiants du master échouaient aux brain teasers quand bien même les questions étaient techniquement plus abordables que le contenu de nos cours (comme les processus de diffusion ou le contrôle stochastique). Les entretiens exigent un esprit de synthèse, une prise de recul considérables. En résumé, il y avait les cours d’un côté et les entretiens de l’autre, exigeant des préparations distinctes, et où il peut s’avérer stratégique de privilégier un stage très sélectif, quitte à diplômer de justesse. 

 

Qu’est qu’un « quantitative analyst » (ou quant) ?

Historiquement, ce métier est né avec la modélisation de produits financiers complexes, dit « dérivés », c’est-à-dire dépendants de la valeur inconnue d’un ou plusieurs autres produits souvent plus simples (comme une action, un taux de change, une obligation) appelés « sous-jacents ». Parmi ces instruments on trouve par exemple les options, donnant au titulaire le droit, mais non l’obligation, d’acheter (« call ») ou de vendre (« put ») un actif sous-jacent à un prix déterminé (« strike »), dans un délai donné (« maturité »). Les quants sont alors amenés à évaluer non seulement combien vaut ce produit aujourd’hui, dérivant (par exemple) du cours d’une action dans le futur (inconnu donc), mais aussi comment faire, en tant que trader, pour se « couvrir » à chaque instant. C’est-à-dire être capable de potentiellement devoir verser une somme astronomique au client venu me demander ce produit, sans mettre ma banque en faillite. En 2019, la Banque des règlements internationaux (BRI) estimait la taille du marché des dérivés à plus de 600 000 milliards de dollars, soit 7 fois le produit intérieur brut (PIB) mondial. Au-delà des histoires touchantes qu’on nous raconte en école — invoquant le rôle « d’assurance » pour multinationales souhaitant se couvrir contre des risques financiers — les options (comme l’ensemble des dérivés) sont aussi des instruments de spéculation. L’opacité des produits dérivés, souvent associés à une autre usine à gaz toxique comme la « titrisation » (consistant à mélanger entre elles les créances bancaires de particuliers pour en faire des titres financiers négociables sur les marchés), rend impossible une vision d’ensemble de ce que l’on traite. Impossible pour le quant, pour le trader, mais aussi et surtout pour le « régulateur » (sans parler des citoyens). C’est une des raisons qui explique pourquoi, aux USA, malgré le rôle majeur de ces instruments dans la crise financière de 2007 à 2011, un seul banquier fut condamné à de la prison. Depuis la crise, on a moins d’offres sur ce type de produits mais la digitalisation des marchés, concomitante au big data, a ouvert une nouvelle ère. Le métier est devenu beaucoup plus statistique (étude d’observations passées pour en tirer des modèles explicatifs) que probabiliste (étude des dynamiques de processus aléatoires dans un monde théoriquement idéal) avec l’émergence du trading algorithmique, consistant à essayer de prédire des mouvements de marché futurs à partir de données historiques. Chez HSBC, en tant que quant, je vérifiais donc que les modèles conçus par le « front office » (les opérateurs en salle de marché) étaient pertinents en prenant en compte plusieurs critères : la qualité des données, la performance de l’algorithme via des tests statistiques, le contexte juridique etc. On peut également donner des conseils aux traders pour améliorer leurs algorithmes (comme nuancer leurs hypothèses, utiliser moins de variables, en suggérer d’autres etc.). J’ai aussi pu en prévenir un sur des aberrations mathématiques à une étape du modèle (des valeurs absolues négatives !) ou encore des variables « prédictives » très mal choisies, qui ne prédisaient presque rien. Voici ce que je faisais et à terme, en deux ou trois ans, je pouvais jumper directement dans le front office, donc en tant que trader concepteur d’algorithmes (non plus celui qui les supervise). 

 

Il devait y avoir quelques conflits entre vous et les traders, non ?

Étant donné que je ne suis resté qu’un an chez HSBC, j’ai pu travailler à fond sur seulement 2 modèles. Comme dit précédemment, j’ai pu relever des aberrations mathématiques alors que ceux qui les ont conçues sont des docteurs en maths, profs dans de grandes universités, bref des tueurs ! Et pourtant, précipités à enchaîner les modèles, ils laissaient souvent traîner de grosses erreurs derrière eux. Après, il faut nuancer car ils avaient beaucoup de modèles à gérer, et mon rôle était justement de les examiner en profondeur. Seulement voilà, pour mon premier modèle (sur des taux de change), malgré des erreurs graves, le trader en chef souhaitait quand même mettre l’algorithme en production (le faire jouer en « live » sur les marchés). Selon mes contrôles, validés par mon supérieur, c’était beaucoup trop risqué. Le trader commençait alors à raconter des histoires, comme quoi l’algorithme devait absolument être mis en conditions réelles pour être calibré, ou encore qu’il était « hérité » d’un algorithme « père » et devait donc (automatiquement) avoir au minimum la même note. Ce qui n’était écrit nulle part. C’était absurde… Pour ce modèle, comme pour le suivant (sur des obligations d’États), les performances prédictives étaient vraiment médiocres, posant la question de leur légitimité. J’ai encore l’exemple d’un trader qui nous a demandé de négliger l’examen des modifications qu’il avait apporté à un algorithme, en mettant en avant des arguments marketing autour du « machine learning » (apprentissage statistique). En effet, on connait tous la hype de l’Intelligence Artificielle (IA), et sa principale justification était que le client serait plus attiré par ce modèle s’il rajoutait de l’IA — alors que cela n’apportait strictement rien au modèle, si ce n’est une couche de complexité en plus. En gros, mon travail ne servait pas à grand-chose, et je me suis vraiment demandé quel était mon rôle. On baissait notre exigence de rigueur tout en ayant l’impression d’embêter les concepteurs en leur posant des questions. Avec ma naïveté du début, je pensais que ce que j’allais faire permettrait de rendre la banque plus sûre, de prévenir des crises, mais rien de tout cela n’est tangible. Il y a des intérêts économiques qui nous dépassent et malgré la dernière crise, ce sont toujours les traders qui mènent la danse.

 

À qui sont destinés ces algorithmes ?

Ils sont destinés aux clients de la banque, principalement des multinationales, des hedges funds, des asset managers (gestionnaires d’actifs ; très méconnus en France, bien que BlackRock, le plus gros au monde avec 7 000 milliards de dollars d’actifs sous gestion, 3 fois le PIB français, se soit fait connaître du grand public fin 2019 via la réforme des retraites) voire des États. On n’avait pas trop de visibilité sur les clients vu que tout était anonymisé mais ce sont généralement ces 4 types d’acteurs (surtout les 3 premiers).  

 

Les transactions haute-fréquence (THF) posent-elles problème pour la régulation des marchés financiers ?

C’est une très bonne question et un vrai problème. La vitesse de transaction dont on parle peut atteindre l’ordre de la microseconde, soit jusqu’à 10 000 fois plus rapide qu’un clin d’œil ! Elle a été rendue possible grâce à une architecture numérique similaire à celle du big data (des câbles en cuivre pendant plus d’un siècle aux fibres optiques dans les années 1980, les ordres entre plateformes boursières — des entrepôts remplis de serveurs — peuvent désormais passer dans les airs, en quasi ligne droite, via des antennes à micro-ondes) et des logiciels informatiques appropriés comme ceux développés par l’entreprise Kx Systems, de leurs bases de données « kdb+ » à leur langage « q », qui ne sont pas (encore) vus à l’école. Ces outils indispensables au THF sont ultra complexes, chers et opaques (le coût d’accès aux antennes est immense, le code source de Kx est caché, etc.). Soit une difficulté supplémentaire au problème de surveillance des modèles algorithmiques en tant que tels. Car en face, les États ne se donnent même pas les moyens de surveiller les banques, en recrutant les mêmes armées d’ingénieurs, de docteurs en maths ou en physique, en investissant dans les mêmes architectures numériques, les mêmes antennes hautes-fréquences, fibres optiques, logiciels de calcul haute performance etc… Ils ne se donnent pas non plus les moyens juridiques pour s’attaquer au problème. Il y a enfin très peu de moyens humains, sachant que sanctionner les manipulations des cours d’un seul trader peut prendre 18 mois d’enquêtes (en 8 ans l’AMF n’a dressé que 2 sanctions, l’une d’elle aboutissant sur une amende 60 fois plus petite que le profit réalisé par le trader qui, comble de l’ironie, opère toujours), quand les fonctionnaires trop zélés ne sont pas carrément dessaisis de leur enquête. Bref, le combat est perdu d’avance : en THF, comme plus généralement en trading, voire en finance, il y a une véritable impuissance programmée (technologique, humaine, législative) du régulateur. C’est l’impunité la plus totale.  En 2010, il y a eu un « flash crash » (krach éclair), correspondant à la chute très forte (plusieurs milliards) d’une valeur boursière en un court laps de temps (quelque minutes voire secondes). Ce phénomène fut provoqué par l’effet d’emballement d’algorithmes de THF suite à un ordre de vente inhabituellement important d’une grande firme de fonds mutuels. Le rapport de la Securities and Exchange Commissions (SEC), gendarme boursier aux USA, a été jugé très complaisant par de nombreux spécialistes des marchés, notamment pour l’absence de critique envers le THF, ni même aucune attention à des pratiques de « quotes stuffing » (bourrage d’ordres : une manipulation de marché devenue classique en THF) qui ont pourtant eu une influence énorme (révélée par la société Nanex).  Certains commentateurs ironisent que les régulateurs de THF « utilisent encore des bicyclettes pour poursuivre des Ferrari ». Ils comptent sur l’autorégulation du privé pour régler les problèmes qu’ils créent. Donc, les banques écrivent les règles qu’elles veulent. C’est assez fou ! 

 

Pour résumer, peux-tu me dire tout ce que tu reproches au système financier ?

L’impunité, c’est le premier mot qui me vient, puis sa complexité toxique (je ne te parle même pas du « shadow banking », groupe d’intermédiaires financiers offrant des services similaires aux banques mais en dehors des réglementations bancaires normales), ce qui les rendent foncièrement anti-démocratiques, car structurés par et pour une minorité d’individus. En 2008, des PhD et des ingénieurs ont créé des modèles que personne — eux compris — ne comprenait. Cela fut même admis par Alan Greenspan, ex-président de la Fed (la banque centrale des États-Unis) et grand défenseur de la dérégulation financière. Politiquement, il y a des intérêts de pouvoirs tels que les États préfèrent une finance puissante et dérégulée. Et une fois que les banques sont prêtes à tomber du fait de leurs paris toxiques, les États les renflouent en faisant payer par la force les populations — qui n’ont d’ailleurs jamais leur mot à dire. Ça, c’est pour le côté dérégulation des produits complexes.

Pour ce qui concerne la fiscalité, tout est à l’avantage des plus riches. Londres est sûrement le cœur du plus grand paradis fiscal de la planète. On n’en entend pas trop parler, les gens connaissement plus le Panama avec les Panama Papers, la Suisse avec les Swiss Leaks etc. On peut reprendre ici les attributs que j’ai donnés plus haut : impunité, complexité, anti-démocratique. En effet, c’est très laborieux de suivre les montages opaques de grands groupes ou de grandes fortunes qui cachent leurs avoirs via des sociétés écrans fleurissant à tout va. Et en la matière, la City de Londres se sert de ses territoires d’outre-mer à la fiscalité inexistante (les iles vierges britanniques, Jersey etc.) pour permettre au Royaume-Uni de vampiriser des centaines de milliards par an — avec $160 milliards en 2020, le pays a causé plus d’un tiers des pertes fiscales mondiales. On va investir à Londres et réinjecter le tout dans le système financier pour le blanchir comme un investissement propre. 

Ainsi, en opacifiant les flux monétaires de la mondialisation économique, les marchés financiers alimentent l’injustice (car toi ou moi, on n’a pas les moyens de nous « délocaliser » pour échapper à l’impôt, d’embaucher une armée d’avocats pour nous protéger, d’acheter des politiciens véreux, etc.)

 

C’est comme dans les films des cartels de drogue en fait ?

C’est encore mieux vu que c’est la réalité ! Dis-toi qu’en 2012, HSBC devait tomber car ils blanchissaient l’argent des cartels mexicains et colombiens contrôlant le trafic de cocaïne. Le pire, comme le relate un ex-procureur fédéral adjoint aux États-Unis, c’est que la banque savait très bien d’où provenait cet argent, c’est incroyable ! Je peux aller encore plus loin : HSBC abritait, en connaissance de cause, des financiers du terrorisme. Une rapide recherche Google sur la « Golden Chain » (chaîne en or) de Ben Laden permet d’en apprendre pas mal sur le sujet. Permettant d’exhiber les ressorts financiers du terrorisme — des paradis fiscaux aux banques comme HSBC — je considère ce scandale largement sous-estimé, plus particulièrement en Europe et en France. Donc, blanchiment d’argent du terrorisme, de l’évasion fiscale, du trafic d’armes, de drogue, mais eux, ce sont des criminels en col blanc : ils ne vont pas en prison. 

 

Ceux qui sont impliqués dans ces affaires doivent surement être aussi ceux qui punissent, donc au final ils ne craignent rien…

C’est ça, exactement ! Il n’y a aucun conflit d’intérêt entre les États riches et leurs plus grandes multinationales, encore moins financières. Ils marchent main dans la main. Encore tout récemment, fin 2020, l’affaire des FinCEN : avec près de $2000 milliards d’argent sale blanchis en moins de 20 ans, une poignée de banques ont permis à des réseaux mafieux, à des dictateurs, d’injecter leurs revenus illégaux dans le réseau financier légal mondial. Y compris après avoir été sanctionnées pour échecs antérieurs à endiguer les flux d’argent sale, 5 de ces banques — HSCB, JPMorgan, Standard Chartered, Deutsche Bank et Bank of New York Mellon — ont continué à transférer de l’argent pour des fraudeurs, des trafiquants de drogue et des fonctionnaires corrompus. Et les sanctions (quand il y en a) sont ridicules. Pour blanchiment de narcotrafic, HSBC s’en était sorti avec une amende de 2 milliards d’€, l’équivalent d’un mois de profit… Et puis généralement, dans ces hautes strates, tu n’as pas trop envie de dénoncer car même si tu comprends un peu ce qui se passe, tu veux continuer d’en profiter aussi. D’ailleurs, les universités ont aussi leurs fautes car elles portent un enseignement qui glorifie les « forces du marché » (la dérégulation). Le réalisateur du documentaire Inside Job (2010) montre que dans des universités prestigieuses comme Harvard ou Berkeley, des professeurs influents en économie ou en finance sont complétement achetés par les lobbies bancaires. C’est d’un cynisme absolu ! Les jeunes doivent comprendre les rapports de force qui structurent ce monde, surtout ceux qui ont fait de très bonnes études et qui héritent des manettes de ce système malsain. 

 

Mais alors… Comment vois-tu la finance de demain ?

Je pense que les scandales vont continuer, en toute impunité, avec une couverture médiatique de plus en plus faible. Aussi, l’appareil judiciaire va se concentrer sur ceux qui dénoncent ou combattent les injustices dont ils sont témoins. L’exemple des LuxLeaks montre bien cette tendance : ce sont les lanceurs d’alertes qui ont été poursuivis, et non les multinationales fraudeuses ou les banques criminelles… Pareil pour les Swiss Leaks. Hervé Falciani, cet ingénieur informatique dans la filiale Suisse d’HSBC ayant dévoilé les schémas d’évasion fiscale systémiques de la banque en 2015, a lui aussi été poursuivi par la Suisse et la banque. Cette histoire est passée comme une lettre à la poste, avec quelques articles dans la presse sur une semaine et puis hop ! On oublie. Depuis, le Parlement européen a voté une directive sur le « secret des affaires » en 2016, forçant les États membre à la transposer en droit national (ce que la France a fait en 2018). Des lanceurs d’alertes, associations et journalistes se sont mobilisés contre cette nième loi liberticide, destinée à toujours plus protéger les entreprises criminelles. En vain. Hélas, je vois très mal l’avenir de la finance avec toujours plus d’opacité, d’impunité, toujours plus d’argent et de pouvoir mis dans les mains d’une poignée d’individus. Je pense que cette injustice devrait se perpétuer tout en continuant d’épuiser la vie sur Terre car, bien sûr, la prédation financière a de très graves conséquences écologiques. Les marchés financiers de l’avenir devraient ainsi aggraver les tensions actuelles sur les matières premières (dégradées, raréfiées). Commence d’ailleurs à en témoigner la colossale opération d’accaparement de terres encouragée par l’ONU, avec les « nature based solutions » (solutions fondées sur la nature), c’est-à-dire la financiarisation de la nature sous prétexte de vouloir la protéger. Industriels, États et riches épargnants pourront donc polluer à un endroit, mais payer pour « compenser » à un autre. En parallèle, l’eau vient tout juste de rejoindre l’or ou le pétrole parmi les matières premières négociées à Wall Street. Je suis donc assez pessimiste pour le futur mais ça sera sans doute très positif pour les financiers, dont le cercle va se fermer de plus en plus. On assiste en effet à une hyper inflation des diplômes, rendant beaucoup plus difficile l’intégration de ce milieu. Il y a 30 ans tu pouvais atterrir en trading avec une licence, aujourd’hui c’est minimum 2 masters ou un doctorat qui te donnent le droit de passer les entretiens pour un stage. Bref, la finance va se radicaliser, devenir de plus en plus violente et de moins en moins accessible. 

 

Tout est vraiment bien fait pour que les gens restent dans ce milieu, des études très compliquées aux dizaines d’entretiens jusqu’à l’argent en masse…

Ah oui clairement ! C’est vraiment bien fait pour que tu sois fidèle à ta banque et à ce système. On te fait croire que tu es un génie, comme il y en a peu dans le monde, que tu es là où tu es uniquement grâce à ton « mérite », alors qu’en fait, de base, tu fais partie d’une minorité qui peut se payer 6 ans d’études. C’est donc un conditionnement très fort qui commence dès l’école, exigeant de nous de rentrer dans le moule et de ne pas avoir d’esprit critique. On te fait comprendre que les sciences humaines ne servent à rien, que les « meilleurs esprits » ne font que des maths. Donc on t’incite à rendre le monde encore plus complexe avec plus de maths, tout en te rappelant que tu n’es pas à l’abri de la compétition internationale : « les chinois, les indiens sont aussi bons que toi et demandent un salaire plus faible ». Ça renforce l’idée que si tu as ce poste, tu fais partie d’une élite mondiale qui le mérite, mais que tu dois toujours continuer à te battre.

 

En plus, comme tu l’as dit, il y a une forte reproduction sociale, les écoles de commerces, les masters en finance sont très chers. Le « El-Karoui » serait l’exception qui confirme la règle, vu qu’il s’agit du seul Master d’une telle envergure à être presque gratuit (autour de €300), mais ce n’est pas le petit du quartier qui va y rentrer vu qu’il faut un gros background auparavant…

Bien sûr ! Clairement ! Le système anglo-saxon, c’est le pire, avec une année autour de 40 000€ pour une année de master en finance (que je continue de rembourser pour l’Imperial), ce qui est de la folie. Après on pourrait penser que la France est très méritocratique avec des études aux prix abordables mais la sélection est rude : il faut généralement passer par une classe prépa puis intégrer une des meilleures grandes écoles pour prétendre au très réputé Master El-Karoui. Même avec ça, le taux d’admission est autour de 30%, et environ la même proportion abandonne en cours de route ou échoue à valider. 

Se permettre de suivre un tel cursus n’est pas donné à tout le monde, surtout quand on sait que des étudiants sont obligés de travailler en parallèle pour payer leur chambre universitaire, car leurs parents n’ont pas les moyens. Ce n’est pas pour rien qu’à Polytechnique, il y a deux tiers d’enfants de cadres supérieurs contre 1% d’ouvriers. Dès les années 60, Pierre Bourdieu montrait déjà que la famille d’origine constituait le premier facteur déterminant la poursuite de longues études.

 

Qu’est-ce que la finance verte ? 

La finance verte, c’est une arnaque révoltante. Il existe une relation de causalité essentielle que l’écrasante majorité des banquiers, docteurs ou ingénieurs financiers ignorent et qui est pourtant cruciale (je l’ignorais aussi en entrant à HSBC malgré mes trois diplômes). Tout d’abord, la finance existe pour et grâce à la croissance économique. En gros, la finance peut-être vue comme l‘industrie qui ne produit rien, mais qui promet aux autres industries, celles qui produisent des marchandises réelles, de croître par le mécanisme de la dette. La finance (via les banques) permet donc aux entreprises de trouver des financements qu’elles devront rembourser avec une valeur ajoutée (un taux d’intérêt), les condamnant à croître indéfiniment, sous peine de faillite. Ainsi, la finance croît grâce à la croissance des autres (entreprises, États), en imposant sa contrainte accumulatrice à toutes les activités et à tous les aspects de la vie. Comme une pyramide de Ponzi, si elle cesse de croître : c’est la crise. En d’autres termes, si l’on définit le capitalisme par : (1) un rapport social (la propriété privée des moyens de production, contraignant les travailleurs d’avoir recours au salariat pour vivre), et (2) un cycle infini de valorisation de la valeur (où l’argent est utilisé comme capital, c’est-à-dire pour produire plus d’argent) ; la finance serait l’industrie qui supervise, qui théorise le deuxième aspect.

Or cette croissance économique est fortement corrélée — mieux, fortement dépendante — à la croissance mondiale de l’extraction de matières premières, principalement énergétiques, inséparable d’une série de ravages environnementaux, comprenant (sans s’y limiter) le changement climatique. En effet, le mix énergétique mondial étant composé à 85% d’énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon), la croissance économique s’accompagne nécessairement d’un rejet massif de gaz à effets de serres, persistants pour des siècles. Par l’épuisement des quantités — finies — d’énergies fossiles ou d’autres ressources critiques (comme certains métaux), par la dégradation accélérée des conditions de vie sur Terre, de gré ou de force : la croissance va s’effondrer, très probablement (je l’espère) au cours de notre génération. Bien sûr, selon moi, le plus tôt sera le mieux.

Aussi, je tiens à insister, l’écologie ce n’est pas que le climat et les énergies fossiles. Il y a aussi la question de la biomasse, des minerais et matériaux industriels, des minerais de construction, de la biodiversité incroyable qui est exterminée pour y accéder. Toutes ces « ressources » sont exploitées à une allure exponentielle depuis la révolution industrielle. Pour alimenter sa croissance économique, la société industrielle explose, casse, traite, détruit de plus en plus de matière sur Terre : l’extraction mondiale de matériaux est passée de 10 milliards de tonnes en 1900, à 70 milliards en 2010 pour dépasser les 100 milliards en 2020 (tandis que la part recyclée, elle, diminue). La contrepartie étant que toutes les énergies fossiles déployées pour y arriver vont rendre le climat sur Terre invivable, avec en prime toute une série de fléaux (qui semblent négligeables pour les obsédés du climat) : contamination des océans, rejet de déchets toxiques, acidification des pluies, déforestation, génocide contre toutes les cultures indigènes, 6ème extermination de masse, etc. 

Tout ce que je viens de dire est ignoré par la finance verte, qui se contente de vendre des produits estampillés « verts » ou « durables » sans contrôle, sans garantie, et donc, sans sérieux.

La finance verte prétend pouvoir faire de la croissance économique sans dégrader le monde naturel, ce qui est rigoureusement impossible. Ses promoteurs usent d’une poignée de termes sans distinction particulière : développement durable, finance verte, croissance verte, finance durable, etc. Bref, une suite de contradictions. La question qu’ils se posent c’est « comment faire de l’argent sans (trop) détruire la planète ? » Attention : c’est bien différent de « comment sauver la planète, quitte à ne plus faire d’argent ? » ! Malgré tant d’absurdités, ils entretiennent beaucoup d’espoir, de pensées magiques. C’est là où j’ai eu le plus de désillusions après mes longues études scientifiques : un je-m’en-foutisme généralisé de mes collègues, s’en remettant à des croyances mystiques envers « la technologie » ou « les générations futures » pour se sortir d’un désastre écologique qui ne cesse de croître. 

Les armes maîtresses de la finance verte sont les « green bonds » (obligations vertes), investissant principalement dans les énergies dites « renouvelables » car prétendument dé-carbonées. Or, de plus en plus d’études montrent que ce sont des catastrophes en raison de l’extraction, du traitement et de l’assemblage très énergivores des métaux rares nécessaires à leur fabrication. Ces métaux sont majoritairement concentrés en Chine, qui en tire un pouvoir géopolitique énorme. En parallèle, on observe la montée d’un néocolonialisme vert, où après avoir tant profité de l’exploitation des pays du Sud pour alimenter leur révolution industrielle, les pays occidentaux vont désormais leur expliquer comment ne pas faire les mêmes erreurs qu’eux, en allant jusqu’à les aider à faire de la « croissance verte » qui passe encore, invariablement, par l’exploitation de leurs ressources (Lithium au Chili, Cobalt au Congo, etc.). Apple, Google ou Tesla sont par exemple impliquées dans la mort d’enfants congolais dans les mines de cobalt. Il faut dénoncer ces conditions inhumaines, ces désastres environnementaux indissociables des « transitions » énergétiques et numériques, qui n’abolissent pas les limites écologiques, mais les déplacent. 

  • On délocalise les pollutions ailleurs pour pouvoir bénéficier d’énergies « propres » chez nous (voitures électriques, éoliennes, panneaux solaires…) 
  • La finance verte est la mascarade de trop qui m’a fait bouger. 

Il faut bouger dès maintenant pour prendre des décisions radicales car il est trop tard pour être inefficaces. Le problème, c’est que nous sommes dans état d’ignorance programmé. Les choses sont connues depuis 50 ans : en 1972, dans le « Rapport Meadows » mandaté par le Club de Rome, des chercheurs du MIT avaient déjà montré les limites de la croissance économique et toutes ses conséquences néfastes sur la biosphère, mais cela n’a fait l’objet d’aucun cours dans les formations les plus réputées, encore moins en finance. J’ai eu l’impression d’apprendre en accéléré tout ce que l’école ne m’a jamais appris, alors que c’était essentiel. Lorsqu’en 2019, alors en poste chez HSBC, j’apprenais par moi-même que l’ONU estimait à une dizaine d’années un emballement climatique irréversible, c’était assez effrayant. C’est donc fondamental d’aborder sérieusement ces enjeux à l’école. 

J’ai donc voulu participer, à mon échelle, à une prise de conscience radicale en démontrant l’imposture de la finance verte et en lui donnant de l’écho via ma démission publique. La principale préoccupation écologique des milieux universitaires, industriels et financiers, ce n’est pas de savoir comment sauver la Terre, mais comment rendre la finance et l’économie mondiale résilientes aux crises qu’elles ont provoquées ! C’est complètement psychopathique. 

 


Quel message veux-tu faire passer aux jeunes ?

Avec ma compagne Mathilde, logisticienne au Programme Alimentaire Mondial (PAM) — l’organisme d’aide alimentaire de l’ONU — qui a traversé une désillusion similaire à la mienne, nous avons créé une association : « Vous n’êtes pas seuls » (VNPS). Elle a pour but d’accompagner des salariés souffrant d’une fracture entre leur travail et leurs valeurs, qui auraient trop de mal à supporter les mensonges de leurs employeurs, et seraient prêts à déserter. Beaucoup de jeunes m’ont contacté pour me confier qu’ils voulaient faire « quelque chose », mais ne savait pas par où commencer, qu’ils se censuraient, se résignaient par avance en pensant que ça ne servirait à rien d’essayer, tant les forces en présence étaient colossales, tant ils étaient jeunes, impuissants. Notre association essaie donc d’accompagner ces gens pour que leurs actes aient un impact et puisse servir à d’autres. Plus la boite est grosse, polluante et puissante (ça va souvent ensemble) plus leur dénonciation sera forte. En premier lieu notre démarche consiste à accompagner ces salariés pour qu’ils dressent un état des lieux des nuisances écologiques et sociales de leur secteur, proposent un plan d’actions pour y remédier, échelonnées par niveau de difficulté, et présentent enfin le tout à leur hiérarchie. À ce stade, soit la hiérarchie décide de s’engager progressivement à son propre démantèlement (à sa décroissance, sa fermeture), soit l’employé nous informe sur le point de blocage qu’il a rencontré. Hélas, d’expérience, les employeurs bloquent dès le premier niveau du plan d’action qui, pour Mathilde et moi-même, fut une simple formation obligatoire pour tous les employés (un peu comme ce qu’ambitionne le collectif « Pour un réveil écologique » auprès des universités et grandes écoles françaises). Pour expliquer ce blocage, j’aime beaucoup la phrase lumineuse d’Upton Sinclair : « Il est difficile de faire comprendre quelque chose à quelqu’un quand son salaire dépend du fait qu’il ne la comprenne pas ». 

Ainsi, même si c’est clairement très loin d’être suffisant, il demeure nécessaire de se former de manière adéquate aux enjeux socio-écologiques, en résistant aux fausses « solutions » incantatoires. 

S’ils sont divulgués publiquement, ces rapports d’infiltrés seront utiles non seulement à toutes les entreprises du secteur en question, aux médias qui voudront bien s’en emparer, mais aussi aux étudiants en école. À terme, l’objectif serait d’avoir une bibliothèque de rapports que quiconque pourrait consulter librement sur les failles des secteurs représentatifs de la société industrielle, avec des articles de recherches, des documents confidentiels et pourrait, pourquoi pas, inspirer des programmes éducatifs. D’ailleurs, suite à ma démission publique, une maître de conférence, une enseignante-chercheuse m’ont indiqué qu’elles feraient usage de ma lettre ouverte et de mon rapport dans leurs cours. Si cette bibliothèque peut donner des idées à la génération qui vient, ce serait super. 

Je te devance et je vais répondre à la question qu’on m’a posé plusieurs fois : est-ce que je conseillerais à un jeune d’aller en finance ? Je dirais oui, pourquoi pas ! … mais à condition qu’il soit conscient de l’échec programmé d’un quelconque « changement de l’intérieur », des démarches réformistes, et donc qu’il soit prêt à jouer un peu aux espions pour ensuite saboter sa boîte. 

 

Pour réussir il faudrait quand même avoir une élite intellectuelle qui veuille accepter de se rebeller, qu’en penses-tu ?

Ils sont ultra minoritaires, c’est sûr, mais je pense qu’avec notre génération : tout peut aller très vite. Je n’ai fait qu’exprimer à haute voix ce que de plus en plus d’amis d’école, ou leurs collègues, commencent à ressentir. On passe de l’ignorance à une prise de conscience, de plus en plus radicale, puis à un blocage et enfin une angoisse, une colère permanente. En effet, si je quitte mon job demain, si je quitte le salariat : je suis à la rue, je suis un minable, je suis au RSA, je vais mourir de faim ! Toutes ces foutaises sont à déconstruire. Nous sommes tous assez intelligents et créatifs pour construire, pour mettre en avant autre chose, à l’image de nos envies et nos valeurs, tout en détruisant cet asservissement au salariat, à l’argent, à la marchandisation du vivant. Pour ma part, même si c’est désespéré, je me bats pour le démantèlement des banques et des multinationales. Toutes les raisons de faire une révolution sont là, il n’en manque aucune : de l’arrogance des riches à la misère galopante, et au désastre écologique. À mesure que l’abîme se creuse, certaines structures, certaines pratiques et infrastructures insoutenables (dans tous les sens du terme) vont disparaître. Par la sécession discrète ou par l’action directe. Je pense donc qu’en plus d’œuvrer à recomposer les mondes dans lesquels nous voulons vivre, il va falloir saboter l’ancien monde. Personnellement, je n’appelle pas ça de la violence quand on se bat contre un système qui a détruit 99% des forêts anciennes, détruit 200 espèces par jour, extermine toutes les cultures indigènes, assassine les océans, assassine la planète, change le climat… Je préfère le terme d’auto-défense. Lorsque les chefs d’États ou les riches industriels persistent dans leur déni écologique, comme par exemple avec les antennes 5G, il faut se battre contre ça. Avec fermeté. 

 

Que penses-tu des départements RSE/ESG des grands groupes ?

Ce sont des départements « green washing », du marketing pur et simple. On nous y parle de technologies magiques et merveilleuses dont personne n’a les moyens de savoir comment elles sont faites, pour quels usages, etc. Il y a une profonde malhonnêteté intellectuelle là-dedans. Nous, avec l’association, on pense qu’il faut commencer par écarter les fausses solutions, traquer sans cesse ses angles morts, notamment grâce à la lecture de critiques sociales et politiques (bien trop dénigrées dans les parcours scientifiques), et contribuer à interrompre dès maintenant la course folle et destructrice de l’économie. D’un même geste, nous devrons réapprendre à vivre dans des sociétés à taille humaine (éco-villages, fermes, jardins partagés, etc.) 

Il y a des milliers d’initiatives possibles à la civilisation industrielle capitaliste (dont les départements RSE/ESG ne sont que des appendices), et notre association fera de son mieux à les mettre en lumière. Puisse notre génération se pencher de toutes ses forces, de tout son cœur sur la question.

 Aux révoltés solitaires : vous n’êtes pas seuls !

 

Abdelwakil Benabdi

Co-Fondateur de Planète Grandes Écoles et Mister Prépa X, je gère principalement le volet ingénieur du média.