Interview de Julien Sylvain – Co-fondateur des matelas Tediber

 Interview de Julien Sylvain – Co-fondateur des matelas Tediber

Découvrez en exclusivité l’interview de Julien ! Poussé par la volonté d’entreprendre, Julien se lance dans des projets après ses études à l’ESCP. Après avoir été un des premiers incubés à la Blue Factory de l’ESCP, après avoir créé deux boites, il en vient à cofonder l’entreprise de ses rêves : Tediber, marque incontournable du matelas et du confort. Ses conseils pour les étudiants intéressés par l’entrepreneuriat se trouvent à la fin de l’interview !

 

Bonjour Julien, peux-tu te présenter en quelques mots ainsi que ton parcours ?

Je m’appelle Julien Sylvain, j’ai 35 ans. J’ai fait une prépa littéraire à Notre Dame de la paix (Lille). J’ai intégré l’ESCP, intégrer une école de commerce étant mon projet initial. J’ai passé 2 années à Paris et un semestre d’échange à Illinois.

Pour mes stages de césure, j’ai d’abord été en Fusions et acquisition chez Lagardère (groupe de médias), puis en fonds d’investissement chez le Groupe Arnault.

Enfin j’ai terminé l’ESCP avec une majeure entrepreneuriat.

 

Qu’est-ce que tu as fait à la sortie de l’école ?

J’ai entrepris immédiatement mon premier projet entrepreneurial.

Je suis sorti d’école en 2008 au moment de la crise des subprimes. La perspective d’une carrière en finance était moins sexy et j’avais été enthousiasmé par la passion des entrepreneurs rencontrés chez Groupe Arnault. La majeure entrepreneuriat également m’avait donné confiance et avait démystifié ce grand saut.

Sur les bancs de la majeure j’avais rencontré 2 designers industriels, Juan Pablo et Jean-Christophe qui portaient un projet de mobilier en carton. Ensemble on l’a adapté pour faire du mobilier en carton une solution à l’hébergement d’urgence, notamment lors des crises humanitaires et catastrophes naturelles.

J’ai suivi cette aventure entrepreneuriale et passé 3 ans sur le projet Leaf supply. Nous avons développé, breveté et vendu ces lits de camp à des ONG et gouvernement en produisant localement ce produit.

J’ai été un des premiers à être incubé à la Blue Factory de l’ESCP en 2008.

Nous avons fini par jeter l’éponge 3 ans plus tard.

 

Pourquoi avoir jeté l’éponge pour Leaf supply et qu’as-tu fait après ?

Plusieurs éléments ont été décisifs.

D’abord l’environnement était complexe : international, urgence permanente, taux de chance, transport local, etc. Beaucoup de paramètres rendaient complexes ce projet.

Ensuite notre vraie valeur ajoutée qui était la production locale était encore trop mal valorisée à l’époque par les clients qui valorisaient d’abord la disponibilité du produit sur leurs entrepôts centraux plutôt que sur le terrain.

Ce 1er projet a été un échec. J’ai terminé avec un goût amer et je me suis beaucoup remis en question, j’ai refait le film plusieurs fois pour capitaliser dessus.

Je voulais continuer à entreprendre, mais je voulais une activité qui prenne moins de temps de développement et avec un go to market immédiat. J’ai cofondé Lemon curve. C’est un distributeur multimarque de lingerie. Il faut se remettre dans le contexte du web de 2012 : les marques n’avaient pas de e-shop et il y avait peu ou pas de market places. C’était l’époque des spécialistes multimarques de catégories : pecheurs.com, sarenza, menlook etc.

Ca a été un succès mitigé, jamais vraiment profitable et très fragile avec un métier pas vraiment prometteur. Nous avons revendu la société.

Pour ce nouveau départ, j’ai défini mon projet et mes contraintes de manière très précise :

Je voulais continuer à entreprendre ; je voulais vendre un produit sur Internet car c’était devenu une de mes expertises, je voulais vendre un produit à forte valeur car j’avais compris que c’était plus facile et je voulais le développer moi-même car j’avais adoré l’innovation produit de Leaf Supply.

Avec ces critères en tête, j’ai cherché des idées, voyagé et j’ai vu qu’aux États-Unis, le marché du matelas était en train de bouger. J’avais déjà développé un lit, fait faire des tests de confort, analyser la performance du sommeil dessus etc. Bref ça m’a parlé tout de suite.

 

Parle-nous un peu de Tediber

Tediber est une marque maintenant incontournable du matelas mais aussi du confort de la maison. On est une cinquantaine de personnes avec un chiffre d’affaires de 50 millions environ. Nos valeurs sont autour du prix juste, de l’écologie et de la bienveillance.

Acheter un matelas est une expérience très désagréable où le client a toujours l’impression de se faire avoir.

Chez Tediber (www.tediber.com) par exemple, on ne fait jamais de promotion ! La promotion est un poids qu’on met dans l’esprit du consommateur et c’est illégitime pour un produit qui est toute l’année le même et où il n’y a pas de stock à écouler. Une promotion a pour unique objectif de déclencher un acte d’achat.

C’est totalement artificiel, le consommateur subit cela et c’est un poids pour lui, un coût écologique de sur-consommation potentiellement. La promotion est justifiée quand on écoule des stocks mais en plus dans le secteur du matelas il n’y a pas de raison d’en faire.

 

Que t’a apporté l’ESCP dans ta vie pro ?

Evidemment, techniquement, l’ESCP m’a beaucoup appris sur la finance, l’entrepreneuriat… assez éloigné de mon environnement initial de littéraire. Mais au-delà de ça, j’y ai aussi découvert mes cofondateurs (qui sont à nouveau mes associés dans Tediber).

Plus généralement, le réseau que l’école m’a apporté est une vraie richesse. Ce réseau ce n’est pas le réseau de papa ou maman, c’est celui que je me suis créé avec des histoires longues, construites, des échanges etc.

Evidemment cela demande d’y investir un peu de temps, de prendre du plaisir à garder le contact. Par exemple, je suis toujours en lien avec les anciens de mon BDE, ceux du club de rugby des anciens de l’ESCP (le Gitan Olympique) et plus généralement tout le réseau des Alumnis.

La majeure entrepreneuriale et l’incubateur de l’ESCP m’ont beaucoup aidé aussi. L’incubateur m’a rassuré, m’a conforté dans ma posture d’entrepreneur car le choix de l’entrepreneuriat pouvait faire peur. Surtout qu’à l’époque nous étions que 3-4 entrepreneurs à nous lancer en sortant du MiM. Ca a rassuré mes parents par exemple !

 

En quoi consiste ton poste de chef d’entreprise ?

Être chef d’entreprise c’est être un chef d’orchestre : faire jouer une partition commune à des musiciens doués, sans connaitre leurs instruments.

On commence par tout faire personnellement, le marketing, l’après-vente, la finance, la compta… Ensuite on passe un cap où on embauche au fur et à mesure des gens plus compétents et à un moment, des gens bien plus doués que soi dans leurs domaines respectifs. Aujourd’hui tout le monde est meilleur que moi dans son domaine et mon rôle est désormais de leur donner la possibilité de se réaliser.

Au quotidien mon métier c’est de faire émerger et porter des projets, de fixer des objectifs, d’aider chacun à atteindre ses objectifs et d’animer tout l’écosystème de Tediber.

 

Comment ça se passe pour créer une entreprise au départ ? On commence par avoir l’équipe et/ou le produit ?

J’ai eu tous les cas de figure. Pour ma première entreprise j’avais déjà des designers avec moi et ils avaient l’intention sur les produits en carton mais on travaillait le produit. Pour cette aventure j’avais le produit et l’équipe au départ qui sont venus ensemble.

Pour ma 2e aventure entrepreneuriale Lemon Curve, j’ai eu une associée et le projet est venu après.

Enfin pour Tediber, j’ai eu d’abord l’idée et j’ai eu besoin de me réassocier avec les 2 designers de Leaf supply pour le réussir.

 

Quelles sont les difficultés de ce poste ?

Je rencontre tous les jours des difficultés mais j’ai maintenant un mode de fonctionnement qui me permet d’y faire fasse plus facilement : je suis très optimiste de nature, mais à chaque fois que je fais quelque chose je me pose souvent la question de ce qui pourrait mal se passer. En anticipant les imprévus comme ça on réduit considérablement ses risques.

Alors c’est sûr qu’au départ on n’est pas très aguerris sur ce qui pourrait mal se passer. J’imagine que c’est ça qu’on appelle l’expérience.

 

Est-ce que tu voudrais continuer l’aventure chez Tediber ou tu as d’autres projets en tête ?

Tediber est la boite de ma vie, je m’y sens super bien. Avant je n’avais pas les bonnes équipes, ni le bon projet. Mais là c’est différent, je ne suis pas un serial entrepreneur je cherchais juste le projet qui me fallait.

 

Des conseils pour des étudiants intéressés par l’entrepreneuriat ?

  • Faire un peu d’introspection : celui qui a la volonté de créer, entreprendre doit chercher ce qui le motive au départ. Personnellement, je veux vivre des choses passionnantes, c’est ce qui me fait vibrer. Il peut y avoir de nombreuses autres motivations, mais bien les identifier va permettre de construire le bon projet, avec les bonnes personnes et de pouvoir, dans la durée se rassurer sur le fait qu’on fait le bon choix. Dès le départ, dans la recherche du projet, ça va permettre de mettre les bonnes lunettes pour détecter les opportunités. Sinon les choses n’ont pas de relief.
  • Être curieux. Il faut aimer faire les choses soi-même, notamment au début, car le diable est dans le détail. Ne cherchez pas à déléguer trop vite, rentrer en profondeur dans tous les aspects de votre projet.
  • Mettez de l’énergie, du rythme, allez vite. Le temps est votre ennemi car il va vous prendre de l’énergie. Si les choses n’avancent pas assez vite vous allez perdre petit à petit ce capital qu’on ne peut pas recapitaliser. Créez de la dynamique pour que chaque matin vous ayez envie de vous lever pour casser la baraque.
  • Ne pas confondre se développer et se disperser : arriver à se concentrer sur des objectifs très clairs est déterminant et beaucoup n’ont pas défini suffisamment bien leurs objectifs pour avoir une vraie chance de les atteindre

 

Si vous êtes à la recherche de votre prochain matelas confort, vous pouvez retrouver tous les matelas Tediber sur le site : www.tediber.com

Julien Bourbé