Interview d’Alexis Fogel – Entrepreneur et Co-fondateur de Stonly

 Interview d’Alexis Fogel – Entrepreneur et Co-fondateur de Stonly

Découvrez en exclusivité l’interview d’Alexis ! Poussé par la volonté d’entreprendre, Alexis se lance dans des projets après ses études à l’ESCP et à Centrale. Après avoir créé Dashlane et réalisé plusieurs levées de fonds (jusqu’à 110 millions €), il en vient à fonder Stonly. Les erreurs qu’il a commises en entreprenant et ses conseils très intéressants se trouvent à la fin de l’interview !

 

Peux-tu te présenter en quelques mots ainsi que ton parcours ?

J’ai fait le Master in Management de l’ESCP puis une césure en conseil et audit (système d’information chez Mazars et conseil en organisation chez Cap Gemini). Ensuite j’ai fait un échange en Inde. Puis ma dernière année de l’ESCP je l’ai passée à Centrale en système d’information où j’ai rencontré les 2 autres cofondateurs de Dashlane.

 

Quels sont les concepts de Dashlane, et de Stonly aujourd’hui ?

Le concept de Dashlane est que plutôt que d’avoir à se rappeler d’un nombre incalculable de mots de passe ou utiliser le même partout, Dashlane permet de sauvegarder de façon sécurisée tous ses mots de passe, de les synchroniser sur ses différents appareils et de les remplir automatiquement sur le Web. J’ai été chez Dashlane de 2008-2018. Quand j’en suis parti, la boite comptait 250 salariés, répartis au Portugal et en France.

En 2018 j’ai créé Stonly. Stonly est une plateforme web permettant de créer des guides interactifs pour des meilleures expériences d‘on-boarding et support pour ses clients et employés. Un exemple de guide est : quand un utilisateur d’iPhone vend son téléphone sur Backmarket, un guide Stonly les aide à se déconnecter d’iCloud. Chez Stonly mon 1er associé est un designer, je voulais que la partie design soit très soignée. On est 25 aujourd’hui dans la boite.

 

Peux-tu expliquer le fonctionnement d’une levée de fonds, par exemple celle de 110 millions € chez Dashlane ?

La levée de fonds est un moyen de financer son entreprise, on vend une part de notre entreprise. En fonction du projet, au début ce sont les Venture Capital (le capital-risque en français) qui investissent mais ce sont des investissements très risqués car les boites ne sont pas fondées sur grand-chose à ce moment. Ils jugent d’abord sur le projet, l’équipe et le marché.

Les investisseurs ne donnent pas seulement de l’argent, ils aident au développement de la boite. Personnellement on n’est pas passé par des banques d’affaire mais d’autres l’ont fait.

Les questions que les fonds se posent souvent sont les suivantes :

L’entreprise propose-t-elle une valeur unique ?

L’entreprise répond-elle au marché de manière innovante ?

Est-ce qu’on est la bonne personne pour le faire ?

Le timing et le stade de développement est très important. Quand Dashlane a levé 110M€, c’est parce qu’il y avait un plan derrière pour employer ce capital et l’entreprise avait déjà 9 ans. Chez Stonly on a levé 3 millions d’euros au début de l’aventure pour financer la prochaine étape. Ça n’aurait eu aucun sens de lever 100 millions à ce stade de développement (et personne n’aurait investi cette somme par ailleurs).

 

Pourquoi as-tu vendu Dashlane ?

Je n’ai pas vendu mes parts, j’ai simplement quitté la société. Mes 2 cofondateurs sont restés et sont toujours là-bas. J’ai lancé Dashlane à la sortie de l’école et j’ai fait toutes les conneries possibles quand on lance une boite. J’avais envie de relancer un projet pour voir si je pouvais faire mieux. J’ai donc retenté l’aventure. Aujourd’hui je travaille déjà avec 25 personnes et on va très vite car on sait déjà là où on veut aller et comment y aller.

 

Quelles sont les conneries dont tu parles ?

Connerie possible : le manque d’anticipation. On avait accumulé de la dette technique par exemple. Je ne connaissais pas beaucoup le secteur mais on voulait surtout entreprendre. La qualité provenant de l’expérience est venue petit à petit. Une autre chose est qu’on recrutait chez Dashlane car on avait un besoin immédiat. Or on n’est pas forcément amené à recruter la bonne personne de cette manière.

Chez Stonly la façon dont on a recruté l’équipe a été différente. Je recrute aujourd’hui par anticipation et pas quand j’en ai besoin de manière immédiate.

 

Qu’est-ce que l’ESCP t’as apporté dans ta parcours/vie pro ?

L’ESCP m’a permis d’avoir une première approche sur beaucoup de sujets différents. Certaines matières me serventencore aujourd’hui dans mon métier. Que ce soit la compta ou les cours de droits, avoir des bases est super important.

Selon moi on ressort de l’ESCP ce que l’on y apporte. L’école te donne les clefs pour aller creuser les matières et te laisse la liberté de ton engagement. Indépendamment du niveau de travail que tu fournis, l’approche que tu as envers les cours est importante. Exemple : les cours de psychologie où l’on travaille sur l’empathie envers ses collaborateurs. Cela peut paraître un cours bullshit, mais les concepts de ces cours sont fondamentaux pour créer un environnement de travail sein plus tard. Après la vie associative et les relations que tu noues sont aussi super importantes, c’est une question d’équilibre et d’approche.

 

En quoi consiste ton métier de chef d’entreprise ?

Avant j’étais un full-stack CEO c’est-à-dire que je faisais de la vente, les levées de fonds, finance etc. Au début il y a un large spectre large, puis à mesure que l’entreprise grossit on se retire et on doit recruter les bonnes personnes. Un chef d’entreprise doit réfléchir à 3 choses : s’assurer d’avoir de l’argent dans les caisses pour pouvoir payer les gens, définir la stratégie et la vision, et recruter les bonnes personnes.

 

Y’aurait-il une journée-type pour un chef d’entreprise ? Pourrais-tu nous décrire à quoi ressemblent tes journées ?

Pas vraiment de journée type et surtout ça dépend de la personne et du type de boîte. Dans mon cas, les différents choses « classique » dont je peux m’occuper dans la journée sont de travailler avec les équipes sur l’avancement des projets opérationnels, travailler avec certains clients pour toujours garder le contact et travailler le futur de l’entreprise, que ça soit le financement, la stratégie, le recrutement ou l’évolution des process.

 

Quelles sont les difficultés d’être chef d’entreprise selon toi ? 

Y en a pleins  : 

  • faire le grand écart entre le stratégique et l’opérationnel avec un temps limité
  • prévoir assez en avance les bonnes personnes à recruter alors que tu ne sais pas de quoi demain est fait
  • s’assurer que tous les employés aient assez d’autonomie, de reconnaissance et de visibilité sur leur carrière pour être heureux
  • Savoir remettre en question sa stratégie en cours de route si jamais ça ne marche pas

 

Enfin as-tu des conseils pour des étudiants intéressés par l’entrepreneuriat ?

Quelques-uns :

  • Rencontrez des gens qui peuvent être complémentaire à votre profil pour vous associer et avec qui ça fit d’un point de vue culture
  • Cherchez des mentors pour vous aider au début sur les sujets où vous êtes un peu novices.
  • Essayez de devenir expert sur des sujets qui vous intéressent et cherchez comment vous pouvez changer la donne
  • N’ayez pas peur de ne pas commencer votre carrière dans un grand groupe

Julien Bourbé