Enquête sur « l’Enfer du numérique » par Guillaume Pitron

 Enquête sur « l’Enfer du numérique » par Guillaume Pitron

Le tout numérique est aux premiers abords une solution miracle pour faciliter nos modes de vie tout en étant écologiquement responsable. Cependant, cette vision est une illusion. C’est ce que nous explique Guillaume Pitron, spécialiste des matières premières et auteur de L’enfer du numérique, Voyage au bout d’un like.  

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Vous avez souligné la pollution massive de l’utilisation du numérique. Comment en êtes-vous arrivé à vous intéresser à ce sujet ? 

C’est en réalité la suite de mon premier livre paru en 2018, La guerre des métaux rares, dans lequel j’avais ouvert une brèche de trois pages sur le coût écologique du numérique. Il fallait que j’y consacre une enquête de trois cent pages. En effet, depuis quatorze ans je m’intéresse aux matières premières, à leurs impacts sur nos modes de consommation. C’est à dire parler du lointain et le rendre très proche. Est alors arrivé le terme de « dématérialisation » ; je me suis alors tout de suite demandé quel était son sens alors que je ne vois qu’un environnement fait de matières.

 

Quels ont été les obstacles dans votre enquête ? 

Je dirais que j’en ai rencontré deux. Le premier est dans les mines de graphite en Chine. Le graphite est un composant éminemment stratégique dans la composition des batteries. Or, ces mines sont situées dans le Nord du pays, à la frontière de la Russie : une région très peu ouverte aux journalistes. Il a donc fallu que je sois discret afin d’observer et d’enquêter sur leur fonctionnement et leurs impacts écologiques. 

Le second est indubitablement le dialogue avec les GAFAM, et même, avec les opérateurs comme Orange. Ces industries communiquent peu sur leur fonctionnement, d’autant plus que des infrastructures comme des centres de données ou les câbles sous-marin sont considérées comme des des éléments stratégiques, des points névralgiques de sécurité nationale. A la moindre guerre, la première action aujourd’hui serait très probablement de couper ces câbles de communication. Enquêter sur ces infrastructures a donc été compliqué. 

 

Vous évoquez L’Enfer du numérique, peut-il exister un paradis ? 

Le paradis existe dans le discours et les campagnes de publicité des industries du numérique. A les écouter, le numérique est la solution miracle qui permet de créer de la valeur économique et de répondre aux enjeux écologiques dans le même temps. Ce paradis est cependant perdu dans des infrastructures trop polluantes et trop consommatrices d’énergies. Paradoxalement, à mesure que la dématérialisation grandit, le monde devient de plus en plus matérialiste : une vraie contradiction . Je dirais donc que le paradis numérique est à créer mais doit toujours être pensé avec son corollaire, l’enfer. 

 

La modification de nos comportements est-elle la seule condition pour que la situation évolue ? 

Il existe d’abord évidemment une solution technologique. De nouvelles méthodes doivent être développées afin de rendre les infrastructures numériques moins polluantes. C’est un peu tuer le mal par le mal ; la technologie au service des effets néfastes du numérique. Cependant, il semble évident qu’une prise de conscience du consommateur soit nécessaire. Il doit y avoir une réaction citoyenne, un changement de nos modes de consommation. Un problème se pose néanmoins, la mauvaise éducation sur le sujet. Il est en effet impossible de se représenter la pollution d’internet : on ne peut pas la toucher, pas la sentir ni la gouter. Elle semble si lointaine qu’elle en devient inexistante. Or, il est important de développer cette éducation à la matérialité du numérique pour avoir une consommation plus responsable. 

 

 Vous parlez d’éducation au numérique, à quoi ressemblerait cette éducation ? 

 Le premier obstacle est d’abord celui du manque d’informations. Les GAFAM et les industries du numérique communiquent peu sur leur fonctionnement et donc sur les conséquences environnementales de leur production. Il nous manque des chiffres et des enquêtes sur le sujet. Cependant la situation actuelle est aussi la conséquence de nos choix. A trop vouloir un monde de l’immédiateté, à préférer son confort, nous nous sommes enfermés dans une forme d’irresponsabilité. Depuis des années, on nous parle des impacts écologiques des batteries et de décharges de déchets électroniques au Ghana ; cependant, tout le monde court acheter le dernier iPhone 13. Il convient donc de renoncer à une partie de notre confort et d’accepter de garder le même téléphone pendant quatre ans par exemple. 

 

Vous venez de sortir un livre L’Enfer du numérique, voyage au bout d’un like, quelle est pour vous, la raison principale pour laquelle des étudiants devraient l’acheter  ? 

 

 Parce que le temps passé à lire mon livre ne sera pas du temps passé sur son téléphone à liker des videos de chats.

 

Guillaume Pitron, L’enfer du numérique, voyage au bout d’un like

Etudiant à Neoma BS sur le campus de Reims- Membre du BNEM- Rédacteur PGE et Mister Prépa