Comment expliquer la croissance du nombre d’alternants en école de management ?

Comment expliquer la croissance du nombre d’alternants en école de management ?

Le nombre de contrats d’apprentissage a été multiplié par 2,4 entre 2017 et 2021, tous domaines et toutes formations confondus. Voilà le chiffre le plus marquant du rapport de la Dares dont les données de cet article seront tirées. En 2021, parmi tous ces nouveaux apprentis, 71% travaillaient dans le secteur des services. Conseil, banque, assurance, communication ou logistique, ce sous-secteur connaît une importante augmentation de l’apprentissage qui traduit, entre autres, la fulgurante ascension du nombre d’alternants en écoles de commerce.

Cela ne s’inscrit pas seulement dans la continuité d’une croissance globale du nombre d’alternants. Le nombre d’alternants en Grandes Ecoles croît d’années en années à une vitesse impressionnante, dépassant bien les taux moyens d’alternance dans les autres formations. Mais comment expliquer ce phénomène? 

 

Une revalorisation de l’alternance dans l’enseignement supérieur

Il y a encore une dizaine d’années, l’apprentissage semblait réservé aux filières professionnelles. Pour commencer à expliquer l’augmentation du nombre d’alternants en école de commerce, il faut comprendre que ce cursus a su se défaire de son ancienne réputation. 

En effet, d’une filière dominée par les métiers pratiques et les formations professionnelles ou techniques, l’alternance est devenue un choix de marque, de plus en plus sélectif dans les masters de toutes les Grandes Ecoles. Les alternants au niveau supérieur à Bac +3 représentent aujourd’hui 38% des contrats dans le privé alors qu’ils n’en représentaient que 20% en 2018

Cette revalorisation est notamment due aux entreprises qui ont offert aux étudiants qui n’avaient pas fini leur formation théorique d’être payés au SMIC pour n’effectuer qu’un temps partiel. 

 

Des offres dans tous les domaines

Comment écrire un article sur le nombre croissant d’alternants sans évoquer les mesures prises par le gouvernement pour favoriser l’emploi des jeunes ? Suite à la pandémie, l’alternance a été la grande cible du gouvernement qui cherchait un moyen d’améliorer l’employabilité des jeunes. Depuis, une aide exceptionnelle de 5000 à 8000€ a été mise en place pour toute entreprise embauchant des alternants. Par ailleurs, entre la simplification des démarches de recrutement et l’exonération des charges, employer un étudiant en alternance coûte beaucoup moins qu’il ne semble.

Ainsi, les offres d’alternance sont plus nombreuses et se diversifient de sorte que, quel que soit le secteur visé, les étudiants peuvent le faire en alternance. De fait, les entreprises raffolent des alternants souvent investis, intéressés et qui coûtent très peu. La preuve en est, les TPE et les PME représentent plus de 75% des offres d’alternance en France. Il s’agit donc bien d’un avantage pour les entreprises en croissance qui souhaitent avoir du personnel à moindre coût. Les entreprises de plus de 250 salariés, afin de toucher cette aide du gouvernement, doivent atteindre un seuil de contrats d’alternance incitant ainsi tout type d’entreprises à favoriser les contrats alternants.

 

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De plus, les étudiants d’école de commerce sont souvent particulièrement prisés. La plupart des écoles propose 24 mois ou 12 mois pour une ou deux années de Master. Dans ces deux cas, l’entreprise emploie un étudiant qui a presque terminé ses études, à un coût moindre, avec la possibilité de sécuriser un futur employé de Grande Ecole déjà formé. 

 

Les écoles misent sur l’apprentissage 

La filière alternante devient petit à petit une filière d’excellence au sein des écoles de commerce. De fait, face à une offre qui répond à la majorité des problèmes rencontrés par les étudiants d’écoles de commerce, beaucoup en rêvent. Pourtant les places sont rarement illimitées. Le tableau ci-dessous résume le nombre de places en alternance pour chaque grande école. 

EcoleDurée d’alternanceNombre de places disponibles
MBS12, 24 ou 36 moisillimité
BSB12, 18 ou 24 moisillimité
Brest BS12, 18 ou 24 moisillimité
TBS Education12, 18 ou 24 moisillimité
ESC Clermont12 ou 24 moisillimité
INSEEC GE12 ou 24 moisillimité
EM Normandie12 ou 24 moisillimité
SCBS12 ou 24 moisillimité
Grenoble EM12 ou 24 moisplus de 1000 places
KEDGE BS12 ou 24 mois1000 places
NEOMA12 ou 24 mois600 places par promotion
ICN Business School24 mois685 (215 en M1
470 en M2) en 2022
Excelia BS12 ou 24 mois797 alternants au total pour la rentrée 2022
Rennes SB12 ou 24 mois600 places
SKEMA BS12 ou 24 mois550 places
ISC Paris12 ou 24 mois300 places pour les M1
100 places pour les MSc en 2 ans
100 places pour les MSc en 1 an
EM Strasbourg12 ou 15 mois450
IMT-BS12 ou 24 mois300 places
EDHEC BS24 mois250 places
ESSEC BS24 mois220 places à la rentrée 2021
emlyon12 ou 15 mois120 places
ESCP BS14 ou 24 mois110 places
Audencia24 mois40 places par promotion

 

Certaines écoles comme Montpellier Business School ou l’EM Normandie se démarquent en proposant un nombre illimité (ou entièrement suffisant pour l’ensemble de la promotion) de places en apprentissage. D’autres comme l’ESCP, Audencia ou encore  emlyon semblent être beaucoup plus sélectives. Et pour cause, l’alternance demande un rythme soutenu afin de suivre correctement les cours et le travail. 

Nous voyons que l’alternance est attractive : il y a beaucoup d’offres et les écoles sont conciliantes face à cette augmentation. Mais quelles sont les raisons qui poussent les étudiants d’école de commerce à se tourner vers l’alternance ?

 

L’alternance : une formation concrète 

Les étudiants qui entrent en école de commerce ne sont plus ceux d’il y a une dizaine d’années. La proportion d’étudiants issue de classe préparatoire par promotion diminue drastiquement dans la majorité des Grandes Ecoles. Les profils se diversifient et les écoles s’ouvrent à de nouveaux modes d’enseignement

Qu’attendent les étudiants entrant en école de commerce ? Une formation professionnalisante et concrète dans la continuité de la formation théorique de classe préparatoire ou de la formation différente des AST qui souhaitent à présent appliquer leurs connaissances au monde des affaires. Mais comment rendre concrets des cours de marketing ? Oui, telle méthode vaut mieux qu’une autre sur le papier mais cela est beaucoup plus flagrant sur le terrain. L’alternance donne immédiatement plus de sens aux cours des étudiants. 

 

Ainsi, les anciens préparationnaires trouvent dans l’alternance l’aspect professionnalisant qu’ils cherchaient dans les cours d’école et aux AST qui ont souvent une double formation et sont plus âgés, une possibilité de suivre une formation de qualité tout en entrant dans le marché du travail.

 

L’insertion professionnelle

6 alternants sur 10 trouvent un emploi immédiatement à la fin de leurs études, et cela n’est pas étonnant. 12 ou 24 mois d’alternance n’a rien à voir avec un ou deux stages de césure. Si les stages de césure permettent de varier les expériences et les connaissances, l’alternance assure une réelle continuité.

Être apprenti, c’est suivre un projet, connaître une entreprise et un poste pendant un, voire deux ans, alors que nous sortons tout juste de l’école. Pour l’entreprise en question, ce sont des coûts de formation et de recrutement épargnés à terme si l’étudiant intègre et pour une autre entreprise, c’est l’assurance qu’il sait travailler sérieusement et connaît le monde du travail. 

 

Financer des études coûteuses

Concluons avec une dernière raison qui n’est pourtant pas des moindres : le coût d’une école de commerce. Tandis que les frais de scolarité ne cessent d’augmenter, les loyers des villes et le coût de la vie suivent la même courbe. Ainsi, bien que beaucoup d’écoles aient des dispositifs de bourse, les étudiants de classe moyenne ont souvent du mal à s’en sortir sans prêt conséquent ou sans travailler à côté. Mais travailler, c’est manquer les conférences, les événements networking, les associations et les soirées, toutes ces activités qui rendent l’expérience école de commerce si enrichissante. 

Un cursus en école de commerce rime souvent avec un semestre minimum à l’étranger, une année de césure pour effectuer des stages mal rémunérés qui ajoute un délai à l’entrée sur le marché du travail et des événements coûteux. Et une fois cette école terminée vient l’heure de rembourser un prêt qui a pu servir pour trois années de frais de scolarité et de loyer.

Choisir l’alternance pour beaucoup d’étudiants, c’est choisir la liberté. Cela confère l’autonomie de profiter des week-ends au ski ou à la mer grâce à l’argent gagné chaque mois pendant l’année mais aussi la liberté de pouvoir choisir son premier emploi sans se soucier de savoir si le salaire sera suffisant pour rembourser la somme empruntée pendant ses études sans qu’elle soit un poids constant.

 

En somme, l’alternance en Grande Ecoles s’impose rapidement grâce à tous ses avantages évidents. Autonomie financière, enseignement concret, insertion professionnelle facilitée, tout est fait pour que les étudiants se tournent vers cette filière. Les écoles de commerce mènent donc la tendance nationale de grande augmentation du nombre d’alternants et c’est pour le mieux. Il faut cependant nuancer un peu en se souvenant que les aides exceptionnelles touchées par les entreprises ont beaucoup incité les entreprises à prendre des alternants.

Qu’en sera-t-il lorsque ces aides s’arrêteront ? Le décollage de l’alternance ne risque pas de s’arrêter de si tôt mais il pourrait ralentir et ce notamment pour les étudiants d’école de commerce qui avec leurs frais de scolarité très élevés peuvent s’avérer assez coûteux pour une entreprise. 

 

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