Toutes les explications du départ de Faber de Danone

 Toutes les explications du départ de Faber de Danone

Ce début de semaine est marqué par une décision inédite du conseil d’administration de Danone qui a décidé d’écarter Emmanuel Faber. Gilles Schnepp , ancien patron de Legrand, prend la présidence du conseil. Retour sur le parcours de Faber et les raisons de cette mise à l’écart.

 

Un parcours d’exception en stratégie et direction

Né le 22 Janvier 1964, Emmanuel Faber est diplômé d’HEC Paris en 1986 avant de rejoindre le cabinet de conseil en stratégie Bain & Company de 1986 à 1988. Devenir conseiller en stratégie lui permet d’appréhender et de se positionner face aux enjeux et aux problématiques que les entreprises rencontrent. Il devient ensuite consultant à la banque Baring Brothers de 1988 à 1993 avant de devenir directeur général de l’entreprise Legris Industries Group de 1996 à 1997. Il rejoint Danone en 1997 où il dirige le développement et la stratégie de l’entreprise sur la zone Asie-Pacifique. Il devient ensuite Directeur Général délégué de 2008 à 2014 avant de succéder à Franck Riboud en tant que Directeur Général en 2014 puis PDG en 2017. 

 

Emmanuel Faber, un personnage à deux façades

D’un côté négociateur, méticuleux et avec de l’ambition, Faber peut aussi être froid, stressé et démuni d’émotions face aux conséquences de ses décisions. Se considérant comme un “Chief Encouragement Officer” plutôt qu’un classique CEO, il défend une politique d’intégration et de lutte contre les inégalités car selon lui, “l’économie ne doit pas avoir d’autre but que la justice sociale”. Il a mis en place des infrastructures pour incuber des starts-up dans les pays pauvres, qu’il nomme le “social business” et son slogan “one planet. one health” fait référence à une volonté de développer une alimentation saine, équilibrée et accessible à tous. 

Par ailleurs, Faber développe actuellement un mode de gouvernance innovant dans le cadre des Objectifs Danone 2030. Chacun des 100 000 salariés se verra attribuer une action, donc une voix afin de participer aux échanges et à la stratégie de Danone. Une stratégie certes louable mais qui confère davantage de pouvoir au CEO de la multinationale.

Cette stratégie de développement repose sur la recherche actuelle d’une alimentation de qualité. Le circuit court, les épiceries vracs ou encore le “made-in près de chez soi” sont autant de phénomènes qui montrent que l’intérêt des consommateurs se situe, aujourd’hui et dans les années à venir, davantage dans une nourriture dont ils connaissent le processus de production. Danone était ainsi jusqu’à aujourd’hui une entreprise du CAC40 au sein de laquelle il n’existe pas ou très peu de contre-pouvoirs si bien qu’Emmanuel Faber dispose de libertés considérables dans sa prise de décision. 

 

Une gouvernance déjà fragilisée en 2020

La gouvernance de Danone a été récemment bouleversée. En effet, en octobre 2020, Danone a annoncé le départ de Cécile Cabanis en février 2021, qui occupait le poste de Directrice financière, et qui était considérée comme le bras droit du PDG et ainsi la principale successeuse (âgée de 48 ans) à la Direction Générale actuellement occupée par Faber. Alors qu’Emmanuel Faber s’apprêtait à remodeler en profondeur le groupe, il n’a pas souhaité séparer les fonctions de président du CA et de DG. En conséquence, Cécile Cabanis a décidé de partir, en désaccord avec le PDG du groupe qui souhaite continuer d’agir seul. Elle perd donc le pouvoir exécutif qu’elle possédait. Cette dernière a toutefois été élue Vice-Présidente du CA. Pour certains analystes, cette nomination ne devrait pas satisfaire la demande des investisseurs pour une plus grande indépendance du conseil d’administration vis-à-vis de la direction. Cette démission illustre le caractère omnipotent de Faber, qui n’hésite pas à imposer son point de vue et sa stratégie, peu importe les conséquences et les états d’âmes des collaborateurs. 

 

De son côté, Danone a assuré que ces décisions interviennent à l’issue d’une « phase de dialogue actif avec les actionnaires ». Le groupe agroalimentaire, qui n’a pas d’actionnaire important, est souvent présenté comme une cible potentielle pour des acquéreurs ou des investisseurs activistes, notamment lorsque ses performances boursières déçoivent. 

C’est pourquoi, des experts et médias qualifient la gouvernance actuelle de Danone comme étant en crise

 

Un départ inévitable pour Faber ?

L’exigence de rentabilité des actionnaires est de plus en plus élevée si bien que Danone a pour mission de faire passer sa marge opérationnelle de 15 à 20% tout en renouant avec une croissance organique de son chiffre d’affaires de 3 à 5% dans les trois années à venir. Cet objectif causera non seulement de nombreuses vagues de licenciements, plus facilement acceptées grâce au principe “une personne, une voix, une action”, mais aussi un retour en arrière par rapport à une l’image d’entreprise certifiée B-Corp, qui est censée créer de la valeur en la partageant avec l’ensemble des salariés. Les décisions d’Emmanuel Faber devaient dès lors être appréhendées dans une logique de court-terme pour servir les actionnaires alors que le dirigeant aurait aimé, lui, se projeter sur une période à plus long terme, notamment par le biais des Objectifs Danone 2030.

 C’est pourquoi Faber avait décidé le 1er mars dernier de céder son poste de directeur général si une « pointure » était recrutée en gardant quant à lui uniquement le statut de président. Un choix pas forcément apprécié par les actionnaires qui considéraient cela comme de la « demi-mesure ».

 

Gilles Schnepp succède à Emmanuel Faber

« Le conseil a mis fin aux fonctions d’Emmanuel Faber comme président-directeur général, et a nommé Gilles Schnepp président du conseil d’administration avec effet immédiat » (Communiqué de presse de Danone).  Diplômé de HEC Paris et ancien patron de Legrand, Schnepp a intégré le board de Danone en décembre dernier dans le but d’être administrateur référent d’ici avril 2021. Le principal objectif du nouveau président du conseil est de conduire la transition notamment avec la recherche du nouveau directeur général.

« Danone a mandaté un cabinet de recrutement international pour mener à bien cette recherche. Gilles Schnepp et le Comité de Gouvernance superviseront ce processus afin de s’assurer qu’un dirigeant d’envergure internationale soit nommé » explique ce même communiqué.

 

Finalement,  cette mise à l’écart de Faber peut s’expliquer selon les principes de gouvernance de Pierre-Yves Gomez. Il existe trois types de pouvoirs : le pouvoir souverain (détenu par les actionnaires), exécutif (détenu par les dirigeants) et le pouvoir de surveillance (détenu par le conseil d’administration). Or dans le cas de Danone les deux derniers pouvoirs étaient détenus par Faber et le pouvoir souverain est dispersé tant l’actionnariat est divers au sein de la multinationale. Jugé omnipotent et sans aucun contre-pouvoir depuis des années, Danone était en crise de gouvernance. La dissociation des fonctions de président et directeur général constituait un élément intéressant, mais pas suffisant pour le Conseil d’Administration. Reste à voir si la nomination de Gilles Schnepp peut assurer une reprise rapide et en adéquation avec les attentes des actionnaires et du conseil d’administration.