CentraleSupélec fait face aux violences sexuelles

 CentraleSupélec fait face aux violences sexuelles

Le 7 octobre 2021, la prestigieuse école d’ingénieur CentraleSupélec a diffusé un communiqué de presse révélant le résultat d’une enquête réalisée à la fin de l’année académique 2020-2021. L’école avait demandé à l’association Çapèse, association qui promeut l’équité femmes-hommes au sein du campus, de mener une enquête anonyme sur les violences sexistes et sexuelles qui pouvaient avoir lieu sur le campus.

 

Les faits révélés par l’association d’équité hommes-femmes de CentraleSupélec

Le résultat de cette enquête est tombé début octobre et il est sans appel :

  • 51 femmes et 23 hommes ont déclaré avoir été victime lors de l’année écoulée de harcèlement sexuel (« de propos ou comportements à connotation sexuelle de manière répétée ou visant à exercer une pression réelle ou apparente en vue d’obtenir un acte de nature sexuelle »)
  • 46 femmes et 25 hommes ont déclaré avoir subi lors de l’année écoulée une agression sexuelle (« un contact physique avec une partie sexuelle – fesse, sexe, seins, bouche, entre les cuisses – commis par violence, contrainte, menace ou surprise »)
  • 20 femmes et 8 hommes ont déclaré avoir subi lors de l’année écoulée un viol (« un acte de pénétration commis par violence, contrainte, menace ou surprise »).

Contrairement à ce que l’on pourrait croire à prime abord, les violences sexistes et sexuelles (VSS) révélées par l’association touchent bien les femmes ET les hommes. L’enquête ayant été réalisée anonymement, aucune des victimes ne s’est manifestée pour le moment, bien qu’elles soient encouragées à prendre la parole et à dénoncer leur harceleur. Cependant, promettre la mise en place « d’actions et d’accompagnement des victimes mais également des moyens de sanction des auteurs » est-il suffisant pour assurer une réelle défense aux victimes et la condamnation des harceleurs ?

 

La réponse de CentraleSupélec

La direction de l’école a décidé de saisir la Procureure de la République d’Evry, qui a ouvert une enquête après les révélations de l’association Çapèse. De son côté, l’école a annoncé promouvoir en interne des campagnes de prévention, un dispositif de sécurité renforcé pendant les soirées et les week-ends d’intégration, des enquêtes régulières menées auprès des élèves, la mise en place de deux référentes et d’un comité Égalité femmes/hommes ainsi que d’une cellule dédiée au recueil des signalements et à l’accompagnement des victimes contribuent depuis 2019 à sensibiliser les élèves de l’école aux VSS.

 

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L’association Çapèse s’est aussi engagée pour éviter que ce genre de situations se reproduise en étant encore plus présente sur le terrain. Elle mène son combat sur deux axes : la lutte contre le harcèlement et les agressions sexuelles, au travers d’actions de sensibilisation et de formation (notamment de « staffeurs » en soirées étudiantes) ; et la lutte contre le sexisme ordinaire et pour la parité, au travers de conférences, tables rondes et activités destinées au plus grand nombre, au sein du campus comme à l’extérieur.

 

Les écoles se mobilisent pour lutter contre les violences sexuelles au sein de leur campus

Ce type de scandale en lien avec l’harcèlement sexuel a longtemps été commun, voire anodin, pour les grandes écoles. Des comportements déplacés étaient tolérés et ont eu pour conséquences de créer des managers dénoncés par le #MeToo. C’est pour cela que, depuis une dizaine d’années, les associations de protection et prévention contre les VSS se multiplient au sein des campus des grandes écoles.

 

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Les écoles s’engagent à former des managers responsables, et cela passe donc par le respect et l’égalité des genres. De nombreuses conférences et ateliers pour sensibiliser aux VSS sont ainsi organisés chaque année. Cela prend la forme, par exemple, d’une formation à la prévention aux comportements sexistes et sexuels avant les WEI et soirées organisées par les associations.

 

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L’objectif est bien que tout le monde puisse s’épanouir pendant sa scolarité et que personne n’ait à craindre des remarques ou comportements sexistes. Si l’enquête réalisée par CentraleSupélec a prouvé quelque chose, c’est bien que les actions mises en place ne sont pas encore suffisantes et qu’il reste beaucoup à faire pour sensibiliser chacun sur le sujet des VSS. Romain Soubeyran, directeur de CentraleSupélec en a témoigné : « Les résultats de cette enquête nous ont sidéré. Si nous sommes engagés de longue date dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, nous étions loin d’en prendre l’exacte mesure. Nous n’avons reçu aucun signalement et pensions que l’action de notre cellule contre les VSS et des associations étudiantes engagées sur ces questions était suffisante. »

 

Le 12 octobre, la procureure d’Evry s’est rendue à l’école, accompagnée de gendarmes et d’un psychiatre pour inciter les victimes à déposer plainte et leur apporter un soutien psychologique. Notons que le nombre de victimes (estimé actuellement à 173) est certainement beaucoup plus important puisque l’enquête réalisée par Çapèse a reçu 659 réponses pour 2400 étudiants interrogés et 4300 étudiants actuellement en étude.