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Adrien Fève – Airbus Defence&Space : Un ingénieur thermicien au service des satellites !

 Adrien Fève – Airbus Defence&Space : Un ingénieur thermicien au service des satellites !

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Adrien Fève, j’ai 28 ans et je suis entré aux Arts et métiers au campus d’Angers en 2012 après une prépa MPSI/PTSI. En deuxiéme année, je suis allé sur le campus de Lille et en troisième année, j’ai fait un Master of Science en « Aerospace Dynamics » à Cranfield, en Angleterre, dans le cadre d’un double-diplôme avec les Arts. J’ai commencé ma carrière à Dyson en Angleterre. Je n’ai pas fait directement de l’aérodynamique mais j’ai pu trouver un emploi dans un domaine proche, celui de la mécanique des fluides en rentrant dans une équipe R&D chez Dyson. Ce choix d’aller chez Dyson a été dicté par le marché de l’aéronautique en 2015, qui était vraiment peu dynamique à cette période au niveau des embauches directes, et puis l’opportunité de commencer ma carrière à l’étranger n’était pas négligeable. Je travaillais sur les compresseurs de ventilateur, aspirateur etc. Aujourd’hui, je suis revenu à l’aéro et travaille chez Airbus Defence and Space à Toulouse !

 

A quoi cette expérience à Cranfield t’a servi ?

Mon expérience à Cranfield a été un gros plus pour trouver du travail en Angleterre et à l’international. Les écoles françaises ne sont pas très connues à l’international alors que si vous demandez à un recruteur étranger si il connait Cranfield, il vous répondra que oui ! Même en France, l’université est reconnu dans le secteur aéronautique alors que c’est une université perdu dans le fin fond de la campagne anglaise ! Donc, un gros plus pour une carrière internationale !

 

En quoi consiste ton quotidien actuellement ?

Mon titre chez Airbus est « Responsable Analyse et Essais Thermiques ». Je travaille dans un bureau d’études qui participe à la conception de nouveaux satellites. Je fais les calculs de prédictions et de dimensionnement du système thermique. Cela fait 1 an et demi que je travaille dans ce service. Depuis 6 mois, je bosse sur la nouvelle plateforme satellite de télécommunication d’Airbus appelée « Onesat ». On fait des prédictions de température en vol en simulant le satellite dans des conditions extrêmes, et je regarde si le pré-design passe ou non. Je fais ça pendant 80% de mon temps. Je travaille en coordination avec l’architecte thermique qui est lui responsable de tout le design thermique du satellite. Aussi, pour les 20% restants, je participe à la campagne d‘essais de validations thermiques des satellites produits. Je surveille que tout se passe bien durant l’essai d’un point de vue thermique et je réagis en conséquence en cas de problème. On le place dans des conditions similaires à ce qu’il verra en orbite.  Le satellite est dans une cuve, on fait le vide puis les parois de la la cuve sont refroidies avec de l’azote liquide à une température autour de -170°C. Dans ces conditions, on vérifie que tout marche bien et que le dimensionnement thermique a été fait correctement. C’est une des dernières étapes avant le lancement du satellite. On bosse en 3*8 (emploi du temps réparti entre 6-14h, 14-22h, 22-6h) car les essais pour les satellites ne s’arrêtent jamais du fait du temps nécessaire à la mise en température et pression de la cuve ! Le 3*8 chez Airbus c’est 4 jours de travail et 2 jours de repos, ce qui fait que tu peux te retrouver à travailler le week-end. Cela est compensé par des primes sympathiques ! 

Les satellites sont pour le privé, des sociétés de télécommunications ou encore pour des programmes scientifiques, militaires etc. D’ailleurs, le client, pendant la phase des tests, est toujours en contact avec l’architecte thermique pour vérifier que son satellite marche bien. 

Nous travaillons sur beaucoup de logiciels internes. Chez Airbus, il y a beaucoup d’outils internes qui sont très puissants mais pas toujours très intuitifs et qui demandent une grande capacité d’adaptation.

 

Airbus est passé devant son concurrent Boeing…

Oui et non. A la situation pré-covid, en termes de réputation (relatif aux problèmes qu’a connus Boeing avec son 737 max) oui mais en termes de commande, pas vraiment. En effet, Airbus ne pouvait déjà pas en produire assez pour tout ses clients. Si aujourd’hui, tu veux un A320, il faut attendre 5 ans ! Alors que si tu veux un Boeing en 2 ans tu l’as ! En termes de cadence de production, le covid n’aidant pas, Airbus Commercial (avion de ligne) est revenu 15 ans en arrière ! Ça a vraiment tapé dur et ils ont vraiment été très touchés. Tout cela va engendrer des problèmes sur les embauches… Il faut savoir aussi que l’industrie aéronautique et notamment Airbus ont beaucoup recours à la sous-traitance en ingénierie via des sociétés comme Alten, Altran etc. et ce sont eux qui sont les premières victimes de la crise aujourd’hui… J’ai plein d’amis qui sont au chômage partiel depuis le début de la crise. Donc, les premiers touchés, ce sont eux. J’ai une amie qui travaille en sous-traitance pour Airbus Commercial et qui est obligée de se relocaliser à Paris ou Bordeaux pour continuer de travailler. Un motif d’espoir : une importante population d’employés va bientôt partir à la retraite donc au niveau des jeunes, sûrement que ce sera difficile pendant un petit moment, mais des embauches seront possible très certainement durant la reprise de l’activité. Chez Airbus Commercial, c’est assez compliqué de rentrer mais j’ai une amie qui a réussi à le faire. Airbus Defence and Space a bien recruté durant les deux dernières années. Je pense que les recrutements vont être gelés pendant un petit moment et la reprise des embauches dépendra, très certainement, de la reprise économique.

 

Peux tu nous parler de tes précédents stages et expériences ?

Mon premier stage a été chez Plastic Omnium. C’est une entreprise qui travaille beaucoup pour le secteur automobile et qui fait aussi… des poubelles. Toutes les poubelles que tu vois dans la rue, c’est Plastic Omnium. J’étais sur une ligne de production qui fabriquait beaucoup de pièces auto pour Peugeot ou Renault. J’étais en sortie de ligne et je vérifiais les pièces. Ce n’était pas très passionnant mais on comprend mieux par la suite comment une usine de production fonctionne. Je travaillais en 3*8 mais je n’avais pas de primes cette fois-ci, stage oblige ! 

Pour trouver ce stage, je suis passé par le réseau de l’école et aux Arts&Métiers, c’est l’arme n°1. Mon second stage, c’était assistant ingénieur chez Airbus Helicopters à Marignane. J’ai d’ailleurs une petite anecdote à partager concernant les conditions d’obtention de ce stage. J’ai vu l’offre via le réseau de l’école et j’ai postulé en ligne sur la plateforme d’Airbus. J’ai aussi envoyé mon CV à la personne qui avait mis l’offre sur le réseau de l’école. J’ai bien fait car je n’ai pas été accepté via la plateforme d’Airbus mais la personne à qui j’ai envoyé mon CV m’a finalement appelé pour me dire qu’elle me voulait. Heureusement que je lui ai envoyé car il n’avait jamais vu mon CV via la plateforme d’Airbus ! Après c’est à relativiser avec le fait qu’Airbus emploie près de 100 000 personnes et qu’ils sont obligés de faire le tri vu le nombre de candidatures. La personne qui m’a recruté n’était pas un Gadz [1] mais connaissait très bien l’école vu qu’il avait vu passer beaucoup de Gadz à Airbus et que la réputation de l’école est plutôt bonne. J’ai toujours eu des histoires incroyables pour trouver des jobs ! Lorsque j’ai postulé pour le job à Dyson, j’ai recherché un Gadz qui bossait là-bas et c’était en fait le meilleur pote de mon ancien [2] et il m’a donné toutes les clés pour réussir mon entretien ! A la fin, je me suis retrouvé à travailler dans le même service que lui ! A Airbus Defense and Space, c’est encore via un ami Gadz que j’ai pu mettre le pied à l’étrier du processus de recrutement ! Cette fois c’est un de mes potes d’école qui a fait passer mon CV en interne simultanément à ma candidature sur la plateforme d’Airbus. J’ai suivi le process de recrutement et j’ai été pris. Le réseau ne fait pas tout mais cela m’a sûrement aider à être remarqué par le manager et ils ont pu voir mon CV ! Le cooptage est de toute façon souvent une façon efficace de trouver un job. Il faut soigner sont réseau et cela commence dès l’école et ses premiers stages. A Airbus, on a une prime si on coopte quelqu’un qui se fait embaucher. Pour revenir à mon stage chez Airbus, je travaillais sur l’industrialisation d’un petit outillage de mesure. Donc, c’était un peu de Catia, d’arduino, d’électronique etc. Ils avaient besoin d’un moyen et d’une méthode de mesure rapide et répétable pour mesurer le diamètre d’un harnais. Ensuite, une fois la calibration de la machine faite grâce à cette mesure de diamètre, on met le harnais dans une machine pour faire le tressage. J’ai récupéré le travail d’un autre stagiaire qu’il avait déjà commencé et je l’ai fini. Encore pour parler du réseau, je suis toujours en contact avec mon maître de stage à Airbus Helicopters et peut être un jour je pourrais l’aider s’il souhaite venir travailler à Space Systems.

 

Quels sont les avantages et inconvénients à travailler chez Airbus Defense&Space ?

En rentrant dans cette boite, j’ai été remarquablement surpris car il y a beaucoup de jeunes et il y a une très bonne ambiance. Aussi, on travaille sur des satellites, cela fait toujours plus rêver que de travailler sur des aspirateurs (de mon humble avis même si j’ai énormément aimé mes années à Dyson) ! Après, je trouve que certaines choses que je faisais à Dyson étaient aussi vraiment épanouissantes et parfois plus que ce que je fais aujourd’hui. Airbus, c’est aussi une entreprise qui a un super comité d’entreprise et où l’on rencontre plein de gens via les activités d’entreprise, ce qui me plait beaucoup ! Nous faisons beaucoup d’activités sportives aussi. Il y a un très bon esprit d’entreprise. Comme inconvénient, il y a une rigidité sur la manière de travailler qui est surtout liée au secteur de la défense et de l’aéro. Aussi, Airbus est une très grande entreprise avec de très nombreuses sous-sections, c’est un environnement spécial qui peut ne pas plaire à certaines personnes.

 

Au niveau du covid, comment ça s’est passé ?

A Airbus DS, on a été mis en télétravail durant tout le confinement. On commence à reprendre à mi-temps. On a arrêté les tests. Chez Airbus Commercial, il y a eu des chômages partiels. De mon côté, je continuais mes calculs à la maison via des machines virtuelles.

 

Tu as des conseils pour les étudiants qui veulent travailler dans le secteur de l’aéronautique ?

Bien penser à ses stages, c’est très important ! Une très grande partie des étudiants qui rentrent à Airbus sont des stagiaires ! C’est logique d’un côté, si tu vois une personne qui a bien travaillé durant son stage, tu auras plus confiance en elle que quelqu’un qui vient au même moment sans n’avoir jamais rien montré. Il faut montrer un intérêt pour le secteur, c’est un monde de passionnés. Il faut faire des concours comme le défi aérospatial étudiant où d’ailleurs, toutes les grosses boites d’aéro comme Airbus sont sponsors. J’avais gagné le défi en 2014 avec des amis et celui qui m’avait pris en entretien pour mon entrée chez Airbus l’avait gagné aussi. Peut être ne serais-je pas chez Airbus si je n’avais pas entrepris ce concours étant étudiant. Il y a de la concurrence car ce secteur fait rêver ! Donc, mettez toutes les chances de votre côté ! Il est fortement apprécié d’avoir une maitrise de l’anglais et un parcours à l’international. Il faut regarder aussi ce que recherchent les entreprises et essayer de répondre à leurs attentes en élargissant ses connaissances !

 

Comment ça se passe les entretiens chez Airbus ?

C’est vraiment des entretiens bateaux, pas de question pièges. Il s’agit plus d’entretiens où l’on crée une relation avec celui qui est en face de nous, en racontant nos expériences etc., que des entretiens très axés sur la technique d’après mon expérience personnelle. Ils veulent des profils intéressants et polyvalents capables de s’adapter au changement rapidement en interne. L’école, c’est un point, mais ce n’est pas la chose la plus importante Dans ma section il y a des anciens de Polytechnique, Centrale Paris, comme des gens d’écoles beaucoup plus petites donc il ne faut pas se décourager et il faut surtout se créer un profil intéressant via des expériences personnelles et professionnelles !

[1] : nom donné aux alumni de l’école des Arts et métiers

[2] : chaque étudiant des Arts intègre une famille et ils appellent ancien tous ceux qui sont entrés dans la famille les années précédentes, c’est l’équivalent d’un parrainage

Abdelwakil Benabdi

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